Photographie aérienne de Florence Paulus

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CLÉMENT : Rodolphe1 La Tailleuse de pierres

C'est un tableau réalisé par Rodolphe Fauria-Gort avec des bouts de roseaux affutés et gorgés de peinture. Les entrées techniques latérales ont été conservées. Sur la partie droite de la toile, un personnage au sexe indéterminé incarne le travail du tailleur de pierre. Il est assis, de trois-quarts dos, sur un pavé de forme cubique, que l'on peut considérer à la fois comme modèle et comme aboutissement de son acte professionnel. Il dégrossit un énorme bloc de rocher, posé debout devant lui, à même le sol, sur le côté gauche de la toile. Muni d'un maillet et d'un ciseau d'acier il s'applique à donner forme à une pierre brute, en commençant par la partie supérieure, qui est à la hauteur de ses yeux. Le visage du personnage, dessiné en profil fuyant, est à peine ébauché, mais une grâce juvénile s'en dégage. Tête ronde, cheveux noirs, corps un peu raide, vêtu de bleu moiré, le sujet au travail se détache sur un fond ensoleillé. La pierre taillée sur laquelle il est assis en est fortement éclairée. Les jeux de lumière sur ses faces visibles ne laissent planer aucun doute sur le fait qu'il est midi juste à la montre du peintre, et que le plein Sud se situe quelque part, au loin, dans le dos de l'ouvrier, derrière son épaule droite. Par contraste voulu, la lumière solaire ne pénètre qu'avarement dans la partie gauche du tableau, presque entièrement plongée dans une pénombre rouge-magenta. La couleur grise originelle du bloc de pierre est complètement absorbée par cette teinte soleil-couchant, qui dissout également les tons naturels de la peau des bras nus qui pénètrent dans la zone de travail. Au sommet de la roche des points de lumière blanche s'organisent autour d'un triangle lumineux, servant de guide au trajet du ciseau.

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CLÉMENT : Rodolphe2 Le satyre baveux

Rodolphe prend une toile vierge et trace au crayon les grandes lignes de son projet. L'intention est ironique. Ce peintre, ami de Clément, veut brocarder la profession de tailleur de pierres dont les prétentions artistiques occultent parfois la mission sociale des ouvriers du bâtiment. Il est prêt à lancer son message droit dans le regard de ses frères travailleurs. Pour cela, il a chargé son roseau de peinture noire. Le voici qui pénètre, sûr de son geste, dans la toile, par son côté gauche. La technique qu'il a adoptée l'oblige à entrer latéralement dans le tableau afin de bien contrôler la coulée de peinture. Mais soudain le roseau lui échappe... L'ironie de départ se retourne contre elle-même. Le pinceau de l'imaginaire se moque cruellement du roseau phallique de la pénétration technique. Il en fait même la caricature satirique. Regardez cette espèce de faune noir, lubrique, ricanant et baveux, qui pervertit l'entrée obligée en la transformant en sortie turgescente de pénis. Rodolphe exerce alors avec juste raison son pouvoir d'autocensure. Il pense que tout cela disparaîtra sous la lisière gauche de la marie-louise lors de l'exposition du tableau.


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CLÉMENT : Rodolphe3 Le gentil petit ange

Le pinceau-roseau de Rodolphe effectue sa course raisonnable en suivant fidèlement l'ébauche crayonnée de la masse rocheuse. Voici la pierre brute dessinée, représentant la matière première que la tailleuse va dégrossir... Le chemin du ciseau est rationnellement tracé, il suffit de suivre le pointillé triangulaire préparé par un chef d'atelier. La tailleuse n'est pas seule dans son travail, nous indique ainsi l'artiste. Le maçon travaille en équipe. Rien n'est fait au hasard, tout est programmé dans l'activité de construction d'un édifice Mais le roseau glisse à nouveau et l'intention de description objective du métier qui animait Rodolphe s'efface. Le rêveur qui est en lui transforme la pierre brute en un énorme bonhomme, bien campé sur des jambes courtes et solides, entre lesquelles il tague un magnifique pubis noir rehaussé dun clitoris rouge-magenta de belle facture puis, tout aussi rapidement, il remonte jusquà la tête du monstre de pierre, et il y dessine le visage béat d'un gentil petit ange consentant, aux yeux éblouis par la lumière du soleil, qui fixe avec amour la silhouette de sa belle tortionnaire vêtue de bleu.


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CLÉMENT : Rodolphe4 Entrées jumelles

Rodolphe pénètre dans la toile du côté droit pour tracer les contours de la pierre cubique... La technique qu'il a adoptée l'oblige à entrer latéralement dans le tableau afin de bien contrôler la coulée de peinture... Mais cette fois il ne se laissera pas subtiliser le roseau... et pour la paix, comme a certainement dit l'architecte Minoru Yamasaki en présentant les «Twin Sisters», il exécute deux entrées jumelles, l'une pour dessiner les arêtes du bas, l'autre pour entamer, à partir de la face du haut, le tracé de la silhouette de la tailleuse au travail... Le peintre fait, si je puis dire, d'une pierre deux coups, et cette fois son message critique conscient passe en dominante. Ce message dit la perfection matérielle et spirituelle de l'oeuvre cubique, sa capacité d'ajustement objectal dans la construction d'un édifice, bref son universalité pratique... et, par contraste ironique, il montre la passivité actuelle de la réflexion et de l'action ouvrières, sous les traits appuyés d'une personne androgyne qui s'en carre, et qui s'asseoit dessus.

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CLÉMENT : Rodolphe5 Le horla

Rodolphe, ravi, raconte à Clément sa victoire finale sur ce horla invisible qui lui rend visite quand il peint. Après longue observation, Clément lui fait part de ses doutes quant à sa prétendue victoire sur son fantôme intime. La représentation critique de la profession de tailleur de pierres, telle qu'il l'a conçue dans ce dessin, ne lui semble pas aussi bien réussie quil le prétend. Je ne peux pas affirmer, lui dit Clément, que le personnage dessiné est vraiment une femme. Les vêtements, les souliers à talons hauts, la façon de s'asseoir, genoux serrés, évoquent la féminité, mais les bras puissants, le buste rigide, l'allure générale, sont plutôt des caractères masculins...Tu ne crois pas? C'est Dorothée, ou bien Théodore, qui tient le maillet? Il y a quand même du Pierre dans cette Marie auréolée de soleil : l'attitude est froide, aucune émotion n'est visible, le geste est déterminé Si c'est une Marie tailleuse de textes bruts, pardon, de pierres brutes, que tu as voulu nous montrer, le double inconscient dont tu me parles a dû lui faire subir, en catimini, la loi phallique.

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CLÉMENT : Rodolphe6 La castration du cube

Rodolphe a raison de castrer le cube de pierre qui sert de siège à la jeune ouvrière. Les deux entrées techniques qui lui ont permis de le peindre doivent disparaître. Le cube se suffit à lui-même. Débarrassé des traces de sa fabrication, il prend sens dans les nouveaux systèmes de valeurs qui l'absorbent : celui d'une bonne assise sur sol horizontal et celui d'un bon jointoiement dans l'élévation verticale d'un mur. C'est maintenant, sur la toile de Rodolphe, un signifiant sans attache génétique, fondé sur la négation du travail qui l'a rendu possible.


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CLÉMENT : Rodolphe7 La cause absente


On a parlé, à propos de cette forme qui s'absente en fin du procès de production de « causalité métonymique » (J.Rancière, après J.-A.Miller, in Lire le Capital, III, p.45, Maspero). Dans le tableau « La Tailleuse » de Rodolphe Fauria-Gort, après castration du cube de pierre, la forme absente c'est le travail effacé de pénétration du pinceau dans le côté droit de la toile. Cela pourrait symboliser, au plan économique, la mutation du produit d'un travail utile (la fabrication d'une table par exemple) en marchandise. La cause réelle de la table (le travail du menuisier sur son établi) s'absentant en tant qu'activité concrète d'un homme pour rendre possible l'attribution d'une valeur commerciale « objective » imposée par des critères extérieurs au travail réel.

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CLÉMENT : Rodolphe8 Le tremblé

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RODOLPHE : Rodolphe9 Fauria-Gort ---> Lettre à Clément

Cher Clément,

 

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