La dernière idée du président de la république, de faire parrainer chacun des quelques 14000 enfants juifs français, ou qui vivaient en France, victimes de la Shoah est stupide et malsaine. Stupide parce que le parrainage est une relation d’assistance entre le parrain et le filleul. A ce titre le parrain précède le filleul. Cet ordre chronologique est fondamental. Stupide également parce que c’est le parrainé, ou ses parents, qui choissent le parrain. Le parrainage constitue une relation réelle entre personnes vivantes, faute de quoi la garantie d'assistance bienveillante n'aurait aucune valeur. Un enfant ne saurait parrainer une personne née 50 ou 60 ans plus tôt, qui plus est disparue. Avec la déclaration du président ce serait une autorité qui imposerait un filleul disparu à un parrain qui ne le connaît en rien. Une fois encore avec des déclarations soit inconsidérées, soit manipulatoires, le président qui prétend faire entrer sa volonté jusque dans les cahier d’écolier, fait montre d’une grande confusion langagière. Ce faisant il produit un anachronisme flagrant et c’est malsain. Les professeurs des écoles qui ont choisi leur métier souvent par vocation, quoiqu’on en dise, n’ont pas à être instrumentalisés pour donner de la chair aux foucades du président. Comme beaucoup l’ont dit, ils n’ont pas attendu les « révélations du président » pour parler de la Shoah dans leurs classes. Croire que la Shoah sera mieux connue et mieux comprise dans son horreur, parce qu’elle serait abordée par une infime partie de ses victimes est stupide. Est-il du rôle d’un président de dire comment on doit enseigner l’histoire, surtout quand ce qu’il en dit est malsain. ? Car utiliser l’histoire, au prétexte de son enseignement, pour faire du sentimentalisme mal placé est malsain. L’enseignement de l’histoire demande de la distanciation, une mise en perspective, de l’intelligence et du cœur, pas de l’agitation. La seule question que nous avons à poser au président est : « de quoi vous mêlez –vous ? » Qu’on ne s’y trompe pas, l’antisémitisme constitue une tâche sur l’histoire de l’Europe et je rêve que l’enseignement lui fasse une place plus importante. Je rêve aussi de voir au moins deux ouvrages, Libres et égaux[1]de Robert Badinter et L’affaire[2]de Jean-denis Bredin au programme des lycées. Il y a très certainement d’autres ouvrages qui mériteraient de figurer au programmes des lycées, sans parler des films que la technologie rend accessible à tous. L’antisémitisme est une tâche brune fort ancienne sur l’histoire de l’Europe. Les historiens ont fait leur travail, il nous appartient de faire le nôtre.
La caractère fantasque de l’improvisation du président n’a pas échappé à sa majorité. Tous ses exégètes, dans un mouvement d’ensemble touchant, se sont précipités pour interpréter la parole du président. Madame Weil, qui se situe dans cette majorité a sévèrement condamné cette idée qui porte la marque d’une anorexie intellectuelle. Dommage qu’elle ait accepté par la suite de participer à la session de rattrapage destinée a donner un air acceptable à la fantaisie présidentielle. Il s’en est donc trouvé du beau monde pour expliquer que la volonté du président était que l’enseignement de l’histoire fasse une plus grande place à cette tragédie. Pourtant telle n’était pas sa volonté. Le président, dont le livre de Yasmina Reza[3] nous apprend qu’il n’aime pas l’histoire, voulait seulement faire le beau devant le CRIF. Il voulait répéter le coup qu’il avait fait lorsqu’il demanda publiquement qu’on lise à voix haute chaque année, dans toutes les écoles de la France la lettre de Guy Moquet, jeune résistant communiste condamné à mort, qui adressait ses adieux à sa famille, afin que les enfants le prennent pour exemple.[4]
Le brouhaha qui s’en est suivi, présenté comme un débat par le porte parole de l’UMP, a dû exciter le président. Que tout le monde s’agite doit être pour lui jubilatoire.
Pour moi c’est grave, très grave. Ce n’est pas un président de la république que nous avons, c’est un crocodile sacré. Le crocodile sacré est un animal sensé veiller sur un village, une tribu. Il vit dans un enclos creusé, clôturé, doté d’une mare, ou bien dans un marigot, près du village. On le consulte. Pour ce faire on lui jette un poulet, en présence d’un sorcier ou féticheur. Ce dernier observe attentivement le comportement du crocodile, s’il accepte l’offrande, comment il la saisit, comment il la mange, s’il l’entraîne dans l’eau, s’il s’interrompt pour regarder ses observateurs, s'il fait des mouvements de la queue. Et de tout ceci le sorcier en déduit la volonté du crocodile sacré. Je vois une quantité industrielle de sorciers interpréter les bâillements, grognements, gestes et autres mouvements de tête du président, puis décliner doctement, religieusement même, la volonté du président. Le grand danger vient de ce que notre crocodile sacré s’échappe trop souvent de son enclos !
Si seulement nous pouvions avoir un vrai président.
[1] Histoire de l’émancipation des juifs de France pendant la révolution.
[2] Histoire de l’affaire Dreyfus
[3] L’aube le soir ou la nuit, portrait du candidat Sarkozy en campagne électorale.
[4] Je n’avais pas réagi par écrit à ce moment, mais enfin, pourquoi, pour qui, Nicolas Sarkozy voudrait-il qu’un jeune de 17 ans vivant en France engage sa vie aujourd’hui, en 2008 ? Pour la croissance, pour la dépénalisation du droit des affaires, pour Bolloré, pour que soient atteints les quotas de reconduite à la frontière ? Depuis quelques jours Médecins du Monde fait circuler une pétition pour obliger le gouvernement et l’inénarrable Hortefeu à ne pas expulser de France les immigrés dont l’état de santé est tel qu’un retour dans leur pays d’origine équivaut à une condamnation à mort par manque de soins. Voilà une cause qui vaut qu’on s’engage, n’est-ce pas monsieur le Président ?
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Par Gregorio
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| Gregorio - "CHRONIQUE DU CHIEN ASSIS"
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1 - Image et pouvoirpar Mo, le Mercredi 20 Février 2008, 12:57 Répondre à ce commentaire
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