GREGORIO : Une agriculture pour nourrir les hommes
La France doublera cette année l'aide alimentaire aux pays les plus pauvres
Mais il y a plus grave. L'aide alimentaire, pas seulement celle de la France, a été soumise à conditions, et notamment celles d'une adhésion aux logiques du libre marché. On sait maintenant avec certitude2 que les mesures imposées ont fait plus de mal aux pays qui les ont suivies que l'aide distribuée ne leur a fait de bien. Bamako, le très beau film3 de Abderrahmane Sissako, a fait connaître les maux que les pays les plus pauvres doivent à la libéralisation imposée par les grandes institutions internationales. Les grandes campagnes, comme « le poulet plume l'Afrique », ont sensibilisé l'opinion. On peut se demander comment les dirigeants, qui ont fait les dégats précédemment rappelés, vont trouver le chemin de l'aide vertueuse.
L'histoire française du conseil agricole, et du développement de l'agriculture, jusqu'au début des années 19704, est riche d'enseignement. Très schématiquement on peut considérer que la politique de développement agricole s'appuyait sur quatre piliers. La recherche agronomique, un enseignement agricole technique, allant des classes hivernales5 destinées aux fils d'agriculteurs travaillant déjà sur la ferme de leurs parents, à l'enseignement supérieur, et un dispositif de vulgarisation professant le conseil, dispensant de la formation professionnelle et assurant le suivi des agriculteurs constituaient les trois piliers techniques. Le quatrième pilier était l'accesion au crédit à un prix préférentiel. Les changements issus de cet effort scientifique et technique nécessitaient des investissements, les prêts « bonifiés » permettaient aux agriculteurs d'emprunter à un prix compatible avec la productivité économique de leurs exploitations agricoles. Ce dispositif conjuguait au mieux des temporalités différentes. Le temps de la recherche n'était pas celui de l'enseignement, et ni l'un ni l'autre n'étaient celui de la vulgarisation, pourtant ces trois temps s'avéraient non seulements complémentaires, mais encore indispensables. Ils conféraient cohésion et élasticité à tout le dispositif qui fonctionnait également comme un réseau de diffusion de messages techniques efficace. Rapidement, ces quatre piliers furent complétés par l'organisation des marchés, qui s'appuya notamment sur le mouvement coopératif. Il ne faudrait pas voir une quelconque nostalgie dans ce rappel. Pour aujourd'hui il convient d'en retenir que la France avait investi dans le développement de son agriculture. Elle s'était dotée des structures indispensables à produire, diffuser et appliquer le savoir et les connaissances nécessaires à l'évolution de l'agriculture recherchée, à savoir assurer l'alimentation de sa population.
Partout, ou presque, où j'ai porté mon regard, partout où j'ai tendu l'oreille, j'ai vu, écouté ou entendu que l'aide technique, quand elle n'a pas été remplacée par « un soutien à la société civile », privilégie les temps courts plutôt que les autres, se privant ainsi de toute réelle efficacité. Partout, ou presque, où j'ai porté mon regard, partout où j'ai tendu l'oreille, j'ai vu écouté ou entendu que le pays aidé n'avait pas les moyens de produire les connaissances et les savoirs dont il avait besoin pour assurer l'alimentation de sa population. Partout, ou presque, où j'ai porté mon regard, partout où j'ai tendu l'oreille, j'ai vu écouté ou entendu que le pays aidé avait plus ou moins perdu son autonomie, et qu'un ensemble d'ONG6 forte de l'argent récolté ou obtenu agissait en se substituant aux structures du pays aidé. Partout, ou presque, où j'ai porté mon regard, partout où j'ai tendu l'oreille, j'ai vu, écouté ou entendu que les grands financeurs publics fixent des objectifs et des règles d'attribution des subventions qu'ils accordent en fonction de leurs propres objectifs. Partout, ou presque, où j'ai porté mon regard, partout où j'ai tendu l'oreille, j'ai vu, écouté ou entendu que le mythe du grand marché s'impose à ceux qui en souffrent. Les modes7 en cours dans les bureaux des bailleurs de fonds ont souvent relégué l'agriculture et l'autonomie alimentaire au rang des accessoires, pour faire place aux programmes d'aide au renforcement de la société civile, de décentralisation, de création d'entreprises. Les modes ne savaient pas que la « société civile », dans ces pays, c'est cette frange qui a compris la logique des financeurs et des ONG et trouve là de quoi exercer son métier et se nourrir. Je ne lui jette pas la pierre, je ferais partie de cette frange si j'étais un habitant de ces pays. Je me demande seulement pourquoi les modes poussent à vouloir décentraliser des pays qui n'ont jamais été centralisés. Des pays certes dotés d'un pouvoir qui ne quitte pas le centre, mais dont la capacité organisatrice s'étiole au fur et à mesure qu'on s'éloigne du centre. Je me demande seulement pourquoi la mode veut qu'on fasse « jouer à l'entreprise » des hommes et des femmes vivant dans des pays dont l'économie est si faiblement formalisée. Je me demande quand sera-t-il à la mode de penser que la vraie société civile sera d'autant plus visible que la population du pays mangera à sa faim sans craindre pour l'avenir. Si seulement la mode disait que chaque pays doit retrouver son autonomie, nourrir sa population et vendre le surplus. Si seulement la mode disait que c'est un honneur de pouvoir aider un pays à développer une agriculture nourricière. Si seulement la mode disait que c'est une honte de vassaliser des pays au prétexte qu'on doit leur porter assistance. Aujourd'hui le monde découvre que le grand marché, tel qu'il n'est pas régulé est un mécanisme entropique, un mécanisme qui produit de la désorganisation. Et ceux-là même qui ont oeuvré à cette désorganisation sont chargés de remédier à ce qu'ils ont appelé de leurs voeux et concrétisé de leurs actions.
On n'est pas dans la m----e !
Je voudrais que plein de petits marchés reprennent la place que monopolise le grand marché !
Ps – On m'objectera que le comportement des dirigeants et des élites de certains de ces pays ne contribue en rien à l'amélioration de la situation. C'est vrai, mais le grand marché s'en accommode parfaitement. Et les pays riches également. Ainsi beaucoup de populations supportent les inconvénients du grand marché accentués par le comportement de leurs dirigeants, ou inversement.
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1- Le samedi 18 mars 2006, le CROSI (collectif régional des organisations de solidarité internationale), organisait un colloque intitulé OMC la fin des paysans à l'université du Mirail, à Toulouse. Dans le document de présentation, rédigé par votre serviteur, que vous trouverez à cette adresse, en attendant que le CROSI ouvre son site, nous annoncions déjà des famines. http://www.vivreencomminges.org/doc/colocCROSI.doc
2- Et pas seulement ceux qui s'opposaient depuis le début à ces mesures.
3- A l'instar de films plus militants, comme le Cauchemard de Darwin ou la Guerre des Cotons.
4- Edgard Pisani, ancien ministre de l'agriculture, et à ce titre initiateur de la PAC pour la France, soulignait, dès 1972, que la PAC avait pleinement réussi et qu'il fallait la changer. (Interview accordé le 27 mars 2007 au Cercle des Européens.)
5 - Il s'agissait de profiter des mois pendant lesquels le travail à la ferme était moins abondant pour dispenser aux fils d'agriculteurs, dans des écoles d'agriculture d'hiver, un enseignement pratique directement utlisable.
6- Ces propos ne constituent en rien une charge contre les ONG. Il y en a beaucoup qui font du bon travail. Comme partout, il y les bonnes, les moyennes et les mauvaises. On peut cependant ajouter que la bonne volonté ne fait pas le talent.
7- Dans cette mode, comme dans les autres modes oeuvrant dans le domaine des idées, il y a ceux qui la font, ceux qui la diffusent, ceux qui la portent et ceux qui la supportent. Quant à ceux qui la rejettent, ils faut également qu'ils la supportent.
Mots-clés : Famine, Agriculture, Alimentation
Par Gregorio
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| Gregorio - "CHRONIQUE DU CHIEN ASSIS"
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Commentaires
1 - Que puis-je faire pour aider mes compatriotes africains ?par DASYLVA joseph, le Jeudi 25 Septembre 2008, 16:48 Répondre à ce commentaire
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