Prolégomènes 
Manue, c'est ma belle fille. En 2001 elle était la copine de mon fils. Ils s'étaient rencontrés en classe préparatoire. Manue habitait un studio en rez-de-chaussée, avec ouverture sur le parc de la résidence. Cette situation lui avait permis de répondre favorablement à la proposition d'une de ses professeurs qui avait des petits chats à donner. Une petite boule de douceur, joueuse et espiègle, qui demandait un peu d'attention. Quoi de mieux pour adoucir la vie de prépa. Ce fut une chatte, elle s'appela Icha.
Hélas, trois fois hélas, un jour Icha paya de sa vie son ardeur à découvrir le monde. Au delà de la pelouse le redoutable parking fut fatal à Icha. Et c'est ainsi qu'un talent d'aventurière fut perdu pour la gent féline.
Pour Manue ce fut triste. Je l'ai consolée, à ma place, avec un poème domestique, genre que je pratique avec plaisir.
Hier, un coup de fil de mon fils me tire de mes occupations :
- Papa envoie-nous le poème que tu avais fait pour Manue lorsque Icha est morte. Le petit chat de la soeur de Claire est mort. On voudrait lui envoyer, ça la consolera.
Que la poésie domestique console, voilà qui me réjouit.



Je n’irai pas au ciel,
Et pour tout dire
J’entretiens quelque doute
Pour ce qui concerne l’au-delà.
S’il est un paradis,
Ce qu’à Dieu ne plaise
Ce ne peut être comme on le dit,
Avec hommes, femmes et enfants,
Tous méritants.
Quelle terre peuplée au mérite
Souffrirait de piétinement ?
Un tel paradis serait bien grand
Pour si peu de gens.
Et à bien y regarder
Y serais-je appelé ?
J’aimerais bien aller au paradis des chats,
Là-haut ou là-bas,
Aucun ne manquera.
Ce n’est pas que les chats soient meilleurs que les hommes,
Mais plutôt qu’il n’y en a pas d’aussi mauvais.
Le chat n’a pas d’intentionnalité.
Quand il attrape une souris, s’il joue avec,
Jusqu’à la croquer,
C’est sans calcul, juste pour s’entraîner.
Car de chat en chat c’est ainsi qu’on fait son métier.
Quand il se bat avec un autre chat,
C’est pour une chatte, pour manger,
Pour protéger son chez soi,
Mais pas pour humilier.
S’il vient ronronner
C’est pour dire qu’il est content.
Et s’il n’est pas content il sait aussi le montrer.
On dit qu’après la vie
Il n’y a plus de temps.
Pas de temps, pas d’ennui,
Et point de poil sur le tapis,
Car c’est avec les saisons
Que nos chats laissent traîner un peu de leur toison.
Pleut-il au paradis des chats ?
Certainement pas,
Le temps qui n’existe pas ne peut se gâter.
J’apprendrai à ronronner,
Sans me presser, en prenant tout mon temps
Sans risquer de retard.
Et quand je saurai bien le faire
Je le ferai,
 Sans me presser
Puisqu’il n’y a pas de temps à perdre.
D’un instant je ferai une éternité,
Sans avenir ni passé.
Ronron de chat
Qui ne dit d’où il vient,
Ni ne sait où il va,
Ronron de bien être qui se fond dans l’éternité,
Ronron d’appel pour les Icha, Pimprenelle, Cholo, et autres petits amis.
Ils viendront se frotter à mes jambes,
Puis joindront leurs ronrons au mien.
Si bien que sur terre un léger murmure
Servira de parure à quelques pleines lunes,
Juste pour indiquer aux chats attentifs
Où ils iront quand ils ne pourront plus miauler.

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