MONTAIGU : Sus au chat ! (Septième partie)
Nouvelle en huit parties
La chance la servit. Passant à vélo devant la gendarmerie elle aperçut un attroupement dans la cour. Un coup d’œil lui suffit : la femme du capitaine était de retour et, le chat Babar dans ses bras, présidait majestueusement au débarquement de sa voiture par une escouade d’uniformes rivalisant de zèle. C’était à qui extrairait une valise du coffre ou s’emparerait d’un paquet enrubanné les portant avec la gravité due à l’honneur d’accomplir pareille mission.
Simone ne s’attarda pas, se doutant que le meilleur était à venir, elle ne prit pas le temps de ranger sa bicyclette, gravit à toutes jambes les marches de l’escalier, arrivant au grenier le souffle un peu court. « Heureusement que je suis encore alerte » pensa-t-elle, en se précipitant sur la lucarne.
La scène la mit aux anges : le capitaine, sa femme continuant à bercer Babar, l’adjudant et, à trois pas respectueux, plusieurs troupiers, débouchèrent dans le jardin.
Aux mimiques Simone crut entendre le cri d’enthousiasme : « Une volière, mon dieu, est-ce possible ? ».
La suite lui parut également intelligible. Babar maintenant posé à terre était pris à témoin : « Tu vois, c’est pour toi. Rien que pour toi tous ces oiseaux ! Tu n’auras plus à quitter ta maison pour t’amuser ! Regarde comme elles sont belles ! Elles te plaisent mon chéri ? Dis-moi si ça te fait plaisir ? ».
En guise de réponse le chat se roula par terre, signe manifeste de contentement que le cercle d’admirateurs, euphorique, applaudit. Du geste le capitaine désigna à sa femme les constructeurs du jouet « babaresque ».
Apparemment transportée de bonheur elle embrassa l’adjudant, puis les autres qui se découvraient tour à tour au moment du baiser récompense. Comble de joie, le chat imitant sa patronne se frottait aux jambes de celui qu’elle honorait. Le dernier, le plus flatteur et audacieux voulut après avoir reçu sa gratification se pencher pour caresser le chat. Las ! Le képi qu’il tenait au bout des doigts lui échappa, coiffant l’animal qui, de surprise, resta figé sous le couvercle militaire. On se récria, le fautif plus rouge que les tomates du jardin alentour récupéra son bien libérant un Babar rendu dingo au point d’accomplir, survolté, plusieurs tours de volière, incapable de reprendre ses esprits et d’écouter sa maîtresse lui criant « Calme toi chéri, calme toi, ce n’est rien, c’est un képi, un képi, tu sais ce que c’est ! ».
Simone commença par rire de l’animal : « Quel demeuré ! ». Mais l’indignation ne tarda pas à surgir : « Comment, c’était pour la seule satisfaction de ce minus que tout ça avait été fait ? ». Le temps consacré, le matériel, pris sans doute sur l’argent du contribuable ! Et les oiseaux ? Pauvres bêtes livrées sans défense, quasiment en pâture à cet hystérique ! Chaque nuit elles souffriraient de la sarabande infernale… Chaque nuit… Peut-être aussi le jour, selon le bon plaisir de ce cerveau dérangé. Quelle honte ! Et ces grands imbéciles les gendarmes, qui s’étaient prêtés à cette fantaisie, plus même, s’en glorifiaient à voir leurs ronds de jambes ! ».
Il y avait de quoi scandaliser tous les membres de la société ornithologique ! Elle n’hésiterait pas à les mobiliser si les perruches enduraient le martyre.
(à suivre)
Par Montaigu
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