MONTAIGU : Sus au chat ! (Première partie)
Nouvelle en huit parties
De sa vie elle n’avait vu un animal si stupide. Il appartenait à la femme du capitaine de la gendarmerie voisine. Ce gros imbécile de chat, nouveau venu, rendait ses perruches malades.
Mademoiselle Lapagesse s’en persuadait tous les jours. Cent fois plus malins, les matous habituels se contentaient d’une courte visite dans le parc afin d’inspecter la volière. Constatant que les portes en étaient soigneusement verrouillées et qu’il n’existait aucun trou dans le double grillage, ils savaient les volatiles colorés inaccessibles. Alors les rusés tournaient dédaigneusement le dos, impassibles en apparence, mais trahis par un nerveux battement de queue. Les soirs d’insomnie, armée de ses jumelles à vision nocturne, la vieille demoiselle s’amusait à observer ce manège, preuve de l’intelligence féline.
Mais l’autre ! Le fraîchement arrivé, le chat gendarmique, il ne comprenait rien à rien !
Il s’incrustait, restait des heures à miauler autour de la volière en faisant des mimiques horribles, certainement effrayantes pour de si mignonnes et délicates bêtes. Maintenant les pauvres perruches étaient frappées d’un mal bizarre : tombant en catalepsie, elles dégringolaient de leurs perchoirs et lorsqu’elles se relevaient elles titubaient lamentablement, vacillant des heures sur leurs petites pattes.
Totalement excédée, la demoiselle prit une résolution. Elle zigouillerait le félin fauteur de troubles.
Encore gaillarde, elle avait tout juste quatre-vingts ans, elle ne voulait pas consacrer ses nuits à un chat demeuré qui, incapable de se maîtriser, aurait droit à un bon calmant, une volée de plombs. La réaction de la propriétaire ? Elle s'en souciait comme d'une guigne : toute femme d'officier de gendarmerie qu'elle était, elle trouverait à qui parler ! D'ailleurs elle n'avait pas une tête avenante, ni son mari non plus et, à la réflexion, ni aucun des pandores récemment affectés.
Cependant, en dépit de sa fureur, Simone Lapagesse voulut en avoir le coeur net : ses oiseaux n'étaient-ils malades que du chat ? Elle s'enquit d'un vétérinaire, un jeune de préférence. D'abord parce qu'elle se plaisait en compagnie des jeunes hommes, ensuite parce que depuis peu sorti de ses études, il n'aurait pas tout oublié comme ses confrères de la campagne âgés et devenus ignorants à force de soigner que des animaux comestibles. La coiffeuse lui vanta un trentenaire, très bon professionnel, irréductible célibataire et... baissant la voix... "formidable séducteur... si je vous disais...". Elle dit, car en bonne commerçante elle ne laissait jamais une cliente sur sa faim de ragots.
Mademoiselle Lapagesse s’en persuadait tous les jours. Cent fois plus malins, les matous habituels se contentaient d’une courte visite dans le parc afin d’inspecter la volière. Constatant que les portes en étaient soigneusement verrouillées et qu’il n’existait aucun trou dans le double grillage, ils savaient les volatiles colorés inaccessibles. Alors les rusés tournaient dédaigneusement le dos, impassibles en apparence, mais trahis par un nerveux battement de queue. Les soirs d’insomnie, armée de ses jumelles à vision nocturne, la vieille demoiselle s’amusait à observer ce manège, preuve de l’intelligence féline.
Mais l’autre ! Le fraîchement arrivé, le chat gendarmique, il ne comprenait rien à rien !
Il s’incrustait, restait des heures à miauler autour de la volière en faisant des mimiques horribles, certainement effrayantes pour de si mignonnes et délicates bêtes. Maintenant les pauvres perruches étaient frappées d’un mal bizarre : tombant en catalepsie, elles dégringolaient de leurs perchoirs et lorsqu’elles se relevaient elles titubaient lamentablement, vacillant des heures sur leurs petites pattes.
Totalement excédée, la demoiselle prit une résolution. Elle zigouillerait le félin fauteur de troubles.
Encore gaillarde, elle avait tout juste quatre-vingts ans, elle ne voulait pas consacrer ses nuits à un chat demeuré qui, incapable de se maîtriser, aurait droit à un bon calmant, une volée de plombs. La réaction de la propriétaire ? Elle s'en souciait comme d'une guigne : toute femme d'officier de gendarmerie qu'elle était, elle trouverait à qui parler ! D'ailleurs elle n'avait pas une tête avenante, ni son mari non plus et, à la réflexion, ni aucun des pandores récemment affectés.
Cependant, en dépit de sa fureur, Simone Lapagesse voulut en avoir le coeur net : ses oiseaux n'étaient-ils malades que du chat ? Elle s'enquit d'un vétérinaire, un jeune de préférence. D'abord parce qu'elle se plaisait en compagnie des jeunes hommes, ensuite parce que depuis peu sorti de ses études, il n'aurait pas tout oublié comme ses confrères de la campagne âgés et devenus ignorants à force de soigner que des animaux comestibles. La coiffeuse lui vanta un trentenaire, très bon professionnel, irréductible célibataire et... baissant la voix... "formidable séducteur... si je vous disais...". Elle dit, car en bonne commerçante elle ne laissait jamais une cliente sur sa faim de ragots.
(à suivre)
Par Montaigu
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| Montaigu : "COMÉDIE VILLAGEOISE"
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