MONTAIGU : Sus au chat ! (Deuxième partie)
Nouvelle en huit parties
- Voilà quinze ans que j'élève des perruches sans aucune maladie. Les symptômes que je vous ai décrits sont consécutifs à l'arrivée de ce maudit animal. Elles sont malades de terreur, d'ailleurs certaines ne sortent plus de leur abri.
Simone s'adressait au vétérinaire en train de s'affairer dans la volière. Elle appréciait ses mouvements souples, ses gestes précis, sa carrure d'épaules mise en valeur par la chemise Lacoste blanche et sa manière d'écouter avec sérieux. En plus, il distinguait les "ondulés" des "inséparables", bon point pour un véto qui ne rencontrait pas des oiseaux exotiques tous les jours. Ce qu'il lui dit le rendit encore plus sympathique :
- A première vue vos perruches ne souffrent ni de rhume ni de diarrhée, et les troubles que vous avez constatés ne sont pas de l'épilepsie. Si c'était de l'apoplexie elles en mourraient... Néanmoins j'ai pris quelques déjections pour analyses, c'est une précaution supplémentaire.
Elle triompha :
- Je m'en doutais, mon hypothèse est la bonne. C'est ce gros malotru qui torture mes malheureuses perruches, je vais lui régler son compte !
- Comment ça ?
- D'un bon coup de fusil !
- Vous chassez ?
- J'ai pratiquement arrêté, mais n'étant pas encore gâteuse, je peux tenir un fusil et ne pas rater la cible.
- Je vois, dit-il, se souvenant vaguement de ce qui se racontait sur la demoiselle et son amant, traité à l'époque de "bûcheron canadien". Il l'avait "enlevée" alors qu'institutrice débutante elle allait se marier avec un beau gendarme "plein d'avenir". Quarante-cinq ans plus tard, à la mort de son forestier-papetier québécois, elle était revenue au pays toujours demoiselle, mais riche.
Amusé par la personne, le vétérinaire sourit à Simone et sentant qu'elle était en confiance, il risqua une proposition :
- Plutôt que de blesser ou de tuer le chat ne vaut-il pas mieux l'attraper au moyen d'une cage et le rapporter à sa propriétaire ? Vous pourriez lui demander de l'enfermer.
D'un ton rogue elle répliqua :
- D'abord je n'ai pas de cage, ensuite je ne débourserai pas un centime par la faute de cet idiot.
- J'en ai une, je vous la prêterai. Il conviendra de bien la placer sur le trajet du chat.
Elle eut un ricanement avantageux :
- Je l'ai pisté et ce n'est pas l'imagination qui l'étouffe. Il surgit toujours au même endroit sur le faîte du mur mitoyen entre mon parc et le potager des gendarmes car il se sert du saule pleureur pour descendre et entamer sa sarabande. La maison a beau être à plus de cent mètres, je l'entends quand même...
- Si loin, vous avez une bonne oreille et une excellente vue...
- Pour ça j'ai des jumelles à infrarouge, du matériel américain figurez-vous.
Cette cliente n'était pas ordinaire, mais il ne voulut pas être indiscret en lui demandant pourquoi elle était ainsi équipée. Il revint à sa préoccupation :
- Alors cette cage, je vous l'apporte quand ?
- Le plus vite possible ! Si après ça, le malotru récidive, je m'en tiendrai à ce que j'ai dit.
Ils convinrent qu'il porterait l'engin le lendemain à la fin de sa tournée, vers neuf heures du soir. De cette façon il pourrait aider Simone à l'installation.
(à suivre)
Par Montaigu
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