En avril ne te découvre pas d'un fil !

Certaines journées que nous connaissons ces temps-ci tendraient à faire mentir le dicton. Le Pas-chat en profite pour passer la journée dehors, regardant passer les voisins qui vaquent à leurs occupations. D'après lui le réchauffement climatique a du bon.
Oui, le temps, comme les temps, changent et je me souviens à peine des premiers jours d'octobre où, pour la rentrée des classes, nous portions nos manteaux neufs, ou, pour beaucoup comme moi, celui du grand frère retaillé par les soins de la mère. On faisait des économies à cette époque, on ne parlait pas d'économie comme aujourd'hui et le  marché était simplement l'endroit où l'on allait se ravitailler. Ahhh ! Ces glissements sémantiques !

Mais il n'y a pas que le temps qui change de notre temps. Je me faisais la réflexion en sortant de la très belle exposition que le Grand Palais consacre à Marie-Antoinette. Cette exposition a un mérite parmi beaucoup d'autres, c'est de faire comprendre que la fin qu'ont connue Louis XVI et son épouse était inéluctable : le fossé qui les séparait de leurs sujets étaient tellement profond que rien n'aurait pu le combler. Nos gouvernants feraient bien d'aller la visiter. Je dis bien la visiter en prenant le temps de comprendre ce qui est présenté et non en passant au pas de course devant les vitrines afin d'arriver au plus vite au buffet.

Mais revenons aux changements. Je disais que c'est Marie-Antoinette qui a servi de déclic à une réflexion, une réflexion sur l'Art et le temps qui passe.
En effet, cette brave gamine a mis des années avant de trouver un de ses portraits suffisamment ressemblant pour l'envoyer à son impératrice de mère. En le voyant, je ne suis pas sûr que c'était le plus ressemblant, mais c'était, en tous cas, celui qui la mettait le mieux en valeur. Et c'était là tout le travail de l'artiste : on ne lui demandait pas de représenter la réalité sans fard, mais de l'interpréter. Un peu comme une œuvre de musique où le jeu consiste à faire ressentir à l'auditeur des sentiments que l'on pense être ceux de l'auteur au moment où il a écrit son air.

Les Frères Lumière, en mettant au point leur procédé de photographie couleur, dont une autre exposition à la Mairie de Paris, celle-là, présentait toute une série, ont mis à mal cette notion d'interprétation. L'objectif photographique dessine sur la surface sensible mathématiquement ce qu'il y a devant lui. Et dieu sait si les mathématiques sont fermées à l'interprétation. Et si un arbre n'est pas placé au bon endroit pour rappeler, dans un cadre de composition classique celui qui est au point fort de l'avant plan, le photographe, au contraire du peintre, ne le déplacera pas dans son cliché, même s'il a appris, ce qui est rare de nos jours, les règles de la composition.
Pourtant, on s'est longtemps accommodé de cette exactitude tout en faisant appel, pour le portrait, à des techniques issues du monde de la peinture. Je me souviens encore, dans mes débuts de photographe, avoir manié le crayon et l'estompe pour faire disparaître tel ou tel défaut de l'image que je venais d'agrandir. On ne présentait, à l'époque, que des portraits soignés, en noir et blanc, sur  ce papier mat qui permettait justement l'usage de ces crayons un peu particuliers que nous utilisions pour la retouche.

A cette recherche de beauté, entraînant une sorte d'idéalisation du sujet, on préfère, de nos jours, le document précis, brut de prise de vue, parfois un peu froid dans son exactitude. Et même si les logiciels de retouche d'image existent et permettent toute sorte de modifications, ils sont le plus souvent utilisés pour transformer l'image totalement plutôt que pour interpréter de façon invisible la réalité. Tant pis pour vous, si, au matin du jour où vous allez faire faire des photographies d'identité un gros bouton vous a poussé sur le nez : ce bouton vous poursuivra pendant les dix ans de validité de votre Carte Nationale d'Identité car la retouche est formellement interdite pour ce genre de clichés.
Et si par malheur vous passiez outre la mode actuelle et présentiez de vous un portrait un peu "arrangé", nul doute que vous passeriez, aux yeux de vos contemporains, comme un hâbleur qui veut paraître pour ce qu'il n'est pas. Le Fourbe en a fait l'expérience avec ses "poignées d'amour".
 

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