Jacques MAZÉRAT : "L'erreur et le délit"
Merci à Michel SERRES
Bien sincèrement,Je vous avais brièvement entretenu, lors de notre dernier repas à Labourdette, du dossier que Libération avait publié dans son édition quotidienne du 19 novembre. Plusieurs philosophes, dont Michel SERRES, étaient invités à se saisir de la question que pose le débat sur l'identité nationale. L'éditorial écrit par Michel SERRES aurait dû suffire pour qu'un homme d'honneur, s'il en était un à l'initiative de cette funeste idée, retire ce débat de l'espace publique et présente des excuses également publiques. Je publie ici ce texte sans autorisation de Libé ou de Michel SERRES, mais je compte sur leur bienveillance. Je crois qu'il y a des textes qui s'élèvent, dès leur parution, vers le domaine public. Celui-ci en est. Il n'y a pas de loi pour cela, seule compte le rayonnement de la pensée et l'intérêt général. J'ai ajouté en fin de page l'adresse internet pour que vous puissiez aller voir les autres articles du dossier.Enfin précisons, et là je m'adresse à vous, amis lecteurs, amis blogueur, comme à moi-même, que cet article ne sonne pas la fin de notre travail sur le sujet, bien au contraire.
Jacques Mazérat
Faute
Serres est marqué sur ma carte d’identité. Voilà un nom de montagne, comme Sierra en espagnol ou Serra en portugais ; mille personnes s’appellent ainsi, au moins dans trois pays. Quant à Michel, une population plus nombreuse porte ce prénom. Je connais pas mal de Michel Serres : j’appartiens à ce groupe, comme à celui des gens qui sont nés en Lot-et-Garonne. Bref, sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. Deux autres y figurent : les gens qui mesurent 1,80 m, et ceux de la nation française. Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. Ou vous dites a est a, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites a appartient à telle collection, et voilà l’appartenance. Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan. Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. Or cette erreur, or cette injure nous les commettons quand nous disons : identité religieuse, culturelle, nationale… Non, il s’agit d’appartenances. Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout ; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les œufs durs, etc. Identité nationale : erreur et délit.
http://www.liberation.fr/editorial/0101603834-faute
Par Jacques Mazérat
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Commentaires
1 - C'est pourtant simple!…par Claudio, le Mercredi 9 Décembre 2009, 18:43 Répondre à ce commentaire
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