Les projets de réforme de l’éducation nationale, conduits par Xavier Darcos continuent de m’intéresser au plus haut point. Mes enfants sont sortis du temps de l’école, pour autant je garde une profonde attention pour la façon dont mon pays assure, remplit sa tâche en matière d’éducation, d’enseignement, de constitution et diffusion de la connaissance et du savoir. Les principes d’organisation qui régissent normalement les décisions politiques ne sont pas tous de même importance. Il y a des principes clés, des principes faîtiers, qui structurent et caractérisent la société. L’enseignement, de la maternelle au supérieur, la recherche, la fabrication de la connaissance, sa diffusion et la transmissions des savoirs sont de ceux-ci. A ce titre il est non seulement légitime, mais encore impératif que toutes les couches de la société, mettent leur nez dans ces domaines. C’est dans le creuset que constituent ses activités publiques entre les publiques, fondatrices de l’intérêt général, que naît l’homme libre, doué d’une pensée autonome. Lorsque j’entends un ministre dire que les suppressions de postes dans l’éducation nationale est un problème interne à l’éducation nationale j’enrage. Lorsque j’entends dire par monsieur Chérèque que la réforme des programmes du primaire, la suppression des postes d’enseignants ne concernent que les professeurs ou les élèves j’enrage. Certes, il ne le dit pas ainsi, mais de façon beaucoup plus insidieuse, puisque qu’il s’efforce de cantonner ce mouvement d’opposition aux seuls professionnels directement concernés, accusant même d’autres syndicats de vouloir instrumentaliser les lycéens. On se rappellera utilement qu’en négociant avec Fillon, en 2003, l’allongement de la durée de cotisation qu’il porta un mauvais coup aux salariés. Hormis la validation d’années pour les mères, à raison de 18 mois par enfant, pratiquement aucune des contreparties qu’il disait voir obtenues ne sont rentrées dans les faits. Le rachat des années d’études est tellement cher que personne ou presque n’y recourt. La diminution du nombre d’années de cotisation en fonction de la pénibilité du travail n’a pas avancé d’un pouce, quant à l’emploi des seniors il est toujours en étiage. En résumé, quand Chérèque négocie nous avons les contraintes tout de suite, et les contreparties à la Saint-GlinGlin.

Mais revenons à l’éducation nationale. Je vous avais fait part, dans l’article intitulé « Darcos et l’Histoire »du 18 avril 2008 du bien que je pensais des déclarations du ministre concernant l’enseignement de l’histoire. Ce mois-ci c’est de l’enseignement de la grammaire que je veux vous entretenir. Un article de Télérama
[1] cite les propos du ministre de l’éducation nationale, par lesquels il affirme : « On a vu avec la grammaire ce qu’il en coûtait de ne pas avoir voulu commencer par les règles. » Je rappellerai au ministre que la règle procède de l’usage, et non le contraire. A ce titre son affirmation est une ânerie. Je ne crois pas qu’il soit un âne, je me demande cependant pourquoi il professe de telles contre-vérités. Comme pour son affirmation sur l’enseignement de l’histoire, il y a là un problème d’appréhension du temps, de chronologie. C’est étrange.

Pour se racheter de cette appréhension bizarre du temps, Monsieur Darcos, sûr de la profondeur et de la légitimité de ses réformes, a demandé aux proviseurs de dissuader les lycéens de faire grève. Les renseignements généraux ont été appelés, à la rescousse. L’intimidation, les menaces d’exclusions, de suppression des allocations familiales, de non inscription au baccalauréat, la privation de voyage de fin d’année font partie des méthodes utilisées. Vous trouverez 4 témoignages sur le contre journal de Libération
[2].
 
Le président de la république a fait campagne sur les valeurs de la France, telles qu’il les voyait, il s’entend. Le premier ministre s’est félicité, il y a quelque temps, que la droite ait pu mettre au grand jour ses valeurs. Les valeurs s’enseignent à l’école, elles sont sous la garde bienveillante de monsieur Darcos. En de bonnes mains en quelque sorte. Cette façon intelligente qu’à eu monsieur Darcos de dissuader les élèves des lycées de continuer leur mouvement me semble constituer une nouvelle valeur de la droite. Quelque chose qui unit la contrainte, l’intimidation, la pression pour faire admettre l’ordre inéluctable de la modernité, auquel il faut trouver un nom. Je propose, un peu comme le préfet Eugène-René Poubelle légat son nom au récipient de collecte des ordures ménagères qu’il rendit obligatoire au 19ème siècle, q’on appelle cette nouvelle valeur le "darcos". Cette source d’inspiration constitue un hommage à la modernité dont monsieur le ministre devrait être fier. En effet Eugène-René Poubelle avait dans son arrêté du 7 mars 1884 défini les récipients de telle manière qu’on pût effectuer un tri sélectif.[3] Comme celle de notre vaillant ministre la décision de monsieur Poubelle fut contestée. Il y a là une parenté de sort qui ouvre des perspectives à Monsieur Darcos. Lui qui veut que l’Histoire soit enseignée à partir des dates et des grands hommes, pourrait ainsi y entrer à sa juste dimension.
 
 

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