La chronique du chien assis annonçait un guetteur. Il a bien déserté son poste, tout occupé à trier ses papiers, ses livres, ses photos, ses bouts de bois et de fer, ses vis et clous, car quand on est bricoleur tout peut servir. Lassé d'attendre le chien assis s'était couché. Je suis monté au second. le chien assis était là, à son poste. IL m'avait très certainement entendu ou senti arriver. Les mouvements des lycéens qui ne veulent pas se laisser abuser par le ministre, m'ont fait me souvenir que j'avais en portefeuille un billet sur la volonté réformatrice du ministre de l'éducation. Comme vous allez le voir, avec les personnages d'une seule obsession, cela paraît encore d'actualité.

 

Certaine fois je prends plaisir à railler les « bons mots » des hommes politiques. C'est vrai, j'aime rire des bévues de ceux qui voulant nous montrer le chemin pointent le doigt là où il n'y a pas de chemin. Cela me rappelle la scène du Corniaud dans laquelle Bourvil prend possession d'une belle voiture américaine sur un quai. Il s'adresse à des personnes qui discutent devant la voiture, leur fait signe qu'il va avancer, enclenche la marche arrière par erreur et encastre brutalement l'arrière de la voiture sur une bitte d'amarrage, déclenchant l'hilarité de ceux auxquels il faisait signe de se pousser de côté.

Avec son inénarrable déclaration1, sur la nouvelle façon d'enseigner l'Histoire, « l'histoire s'apprendra désormais à l'école primaire, à travers la chronologie et les grands personnages. », le ministre de l'éducation, Xavier Darcos, crève le plafond, ce n'est même plus risible. Dans sa volonté compulsive de réformer, le ministre semble oublier qu'il n'y a pas d'histoire sans chronologie. Je me demande bien de quoi il se mêle. Mais puisque la volonté de réformer semble dépasser ses capacités de réflexion, je me permettrai, très respectueusement, de lui suggérer une réforme capitale, à laquelle cette remise à l'honneur de la chronologie m'a fait penser. Il fait partie de ces personnages qui réclament une opposition constructive, alors construisons.

Vous savez tous que la dernière année de maternelle et le CP comportent l'enseignement du laçage de soulier. La-dessus deux méthodes s'affrontent. Deux boucles ou une boucle et un bâton ? Si vous avez exercé vos dons d'observation, vous aurez très certainement remarqué que les ados glissent leur lacets dans leurs tennis, quand ils ne les laissent pas traîner par terre. Vous aurez constaté que nombre de chaussures son équipées, depuis deux bonnes dizaines d'années de velcro. pour éviter à leur porteur d'avoir à nouer les lacets. Vous avez également vu que les fabricants de chaussures viennent de mettre sur le marché des modèles de chaussures, de type basket, sans lacets. Seules deux rangées d'oeillets factices rappellent qu'autrefois il y avait des lacets qui permettaient de fermer les chaussures. Ce mouvement de fond, que jamais la gauche n'a dénoncé, signe particulièrement la déliquescence de l'enseignement en primaire, et c'est bien pour répondre à cette grave perte de savoir que les industriels ont mis sur le marché des modèles sans lacet. Comment voulez-vous que l'enfant qui ne sait pas attacher ses chaussures s'attache à regarder à travers la chronologie pour apprendre sa leçon d'Histoire ? Et s'il ne sait pas attacher ses chaussures, c'est bien parce que les enseignants, laxistes, et quand même de moindre valeur que les prêtres, rabins et imams, n'ont pas unifié leur enseignement.

Oui monsieur le ministre, la France doit se redresser. Et comment comprendre la vie des grands hommes quand on chemine sans lacet ? Nous attendons tous, par tous entendez les français silencieux qui vous soutiennent à votre insu, que vous publiiez une circulaire sur l'apprentissage du laçage de chaussures. Dites clair et haut s'il faut faire deux boucles ou une boucle et un bâton !



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1
  Déclaration entendue sur France Inter courant février 2008.

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