CHRIS : Dans la tonte... de vous lire ?
Petite chronique printanière
Pendant que la France se rappelle, analyse et critique le discours médiatique du zigoto qui n'a d'autre souci que celui de paraître, le Pas-chat et moi, qui tentons simplement d'être, goûtons à de menus plaisirs que le nabot ne connaîtra sans doute jamais. Lui qui a repris la devise de Robin des Bois en l'arrangeant à sa manière - prendre aux pauvres pour donner aux pauvres - a trop l'habitude de son monde pour en changer.
Quelques crevettes accompagnées d'une demi-douzaine de sardines grillées équitablement partagées - les têtes pour le Pas-chat, le reste pour moi - et moultement arrosées d'un petit Muscadet dont je regrette que ce fut la dernière bouteille de la cave, ont fait notre repas. Le Pas-chat, bien sûr s'est contenté, quant à lui, de son eau habituelle, toujours fraîche dans son écuelle.
Bien que frugal, ainsi le qualifie le Pas-chat qui n'est pas vraiment amateur de fruits, cette nourriture simple appelait une suite : ce fut une sieste au soleil pour le Pas-chat et quelques heures de tonte pour moi. Avril est l'époque de la pousse chez les graminées et il ne faut pas se laisser aller à l'inactivité si on ne veut pas avoir à couper court dans la savane.
Et puis, je l'avoue, cette activité de coupe, assis sur mon micro-tracteur, ne m'est pas désagréable du tout. J'y exerce tous mes sens tout en réfléchissant au monde qui m'entoure de près ou de loin.
Tous mes sens dis-je, qu'on en juge :
- ma vue d'abord, mise en alerte pour apercevoir, sur la route suivie, l'éventuel obstacle qui abîmerai la lame. Et aussi régalée par le spectacle qu'offre l'herbe que l'on vient de couper : le camaïeu de verts s'étend devant moi, seulement arrêté par le jaune des colzas au dessus desquels les Pyrénées se dressent en un arrière plan majestueux où se mêlent, à leur tour, les bleus foncés que renvoient les terres lointaines séparées par le blanc des sommets enneigés du bleu plus clair du ciel. Je connais bien, depuis quelques vingt ans que je contemple la scène et pourtant, je ne m'en lasse pas.
- mon oreille est également sollicitée, non seulement par le bruit de la tondeuse, que je n'entends plus sauf lorsqu'il change brutalement, m'obligeant à pousser ou à diminuer l'accélération du moteur, mais également par un autre bruit, plus diffus, qui m'entoure sans cesse : celui des oiseaux qui trouvent, dans les buissons et les haies que je leur ai réservés un refuge pour édifier leur nid.
- mon odorat n'est pas en reste, saisissant ici le parfum d'un poireau sauvage décapité par la lame, là celui, un peu âcre, du noyer sous lequel je passe... chaque herbe a son parfum et je pourrais fermer les yeux que je reconnaîtrais l'endroit du terrain où je suis.
- pour le goût, c'est celui qui me vient en bouche lorsque, longeant le carré qui sera bientôt potager, je m'imagine les tomates, les courgettes et les haricots que j'y récolterai, entre autres produits, cet été.
- et bien sûr le toucher n'est pas laissé de côté. Car je fais bientôt corps avec cet engin qui me porte le long de mon terrain, j'en ressens chaque bosse, j'en descends chaque déclivité et, mieux qu'en y marchant, j'apprends à le connaître et à l'aimer.
Et en même temps que ma machine, mon esprit tourne. Et je me gausse de tous ces gens qui ne connaissent pas ce doux plaisir de communier avec la nature. Comme le dit le Pas-chat, la nature il faut la préserver mais il faut aussi la diriger, sinon elle fait n'importe quoi et l'on aurait tôt fait de se retrouver envahi par l'herbe et le bois mort. Mais il ne me viendrait jamais à l'idée de demander à un autre de faire ces travaux qui m'occupent les mains pendant que mon esprit vagabonde.
Pauvres bourgeois qui n'auront jamais la possibilité de se mettre à la place de leur jardinier.
Pauvres bourgeois qui n'auront jamais la possibilité de se mettre à la place de leur jardinier.
Par Chris
| Avant
| Après
| Chris - "LES DITS DU PAS CHAT"
|
aucun commentaire
| Lu 158 fois
|
COMMENTAIRES
→ plus de commentaires