C’était le bon temps…

 

Il y a soixante ans passés, c’était le bon temps,
Le temps de la guerre avec ses génocides,
Le temps des peurs glauques et des gestes sordides,
Le temps sans lendemain des hivers angoissants…
 
Qu’il était doux le temps, il y a soixante ans…
Veillées autour du feu qui nous brûlait la face
La pénombre gelant le dos de nos carcasses,
Épaule contre épaule se troquaient les cancans.
 
De même il y a quarante ans, c’était le bon temps
Le temps d’affrontements en luttes fratricides
Entre civilisés et peuples intrépides,
Un temps sans avenir de projets décadents.
 
Mais c’était séduisant, il y a quarante ans
Parole émancipée, murs que l’on barbouille
Liberté retrouvée, sexes en vadrouille,
Projets de société aux lendemains chantants.
 
Puis vingt ans ont passé et c’était le bon temps
D’un tiers-monde accablé de faim et d’homicides
Toisé par des puissants à la morgue avide
Le temps de ces morts vaines, au soleil aveuglant.
 
Qu‘il semblait léger le temps, il y a vingt ans…
Utopies figurées en pouvoirs populaires,
Désir de s’incarner en élans solidaires…
On souhaitait vivre en hommes, il y a vingt ans.
 
Et au jour d’aujourd’hui c’est encor le bon temps
Le temps des grands banquiers qui crochent la planète
Monstres inexorables assoiffés de conquêtes
Écrasant des humains pour entasser l’argent…
 
Mais ce temps d’aujourd’hui vaut bien le temps d’antan ;
Loisirs et libertés à ne savoir qu’en faire,
La faim presque vaincue et la fin des calvaires…
Vivons enfin heureux… oui mais… dans quelque temps.

 

Claoda de Paodura

 


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