Oui c’est vrai. Encore que … Ce n’est pas critiquer qui m’intéresse mais bien de comprendre ce qui se cache derrière chaque annonce, chaque discours, chaque présentation de telle mesure ou telle réforme, derrière chaque déclaration. La France vit une atmosphère de propagande libérale comme elle n’en avait jamais connu. La fréquence d’intervention du Président de la République, des Ministres, des Secrétaires d’Etat, des responsables de l’UMP est bien la marque de leur prétendu renouveau politique. Leur capacité à intervenir dans toutes les polémiques, à utiliser tous les faits divers dont ils peuvent amplifier la charge émotionnelle pour placer les sourates libérales est étonnante. Ceux qui dirigent la France ont des talents de propagandistes hors pair. Proférer des énormités ne les fait même pas blêmir, loin s’en faut. Ainsi lorsque Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur déclara :
«Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle ! En tout cas, je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen ! »
, il savait pertinemment qu’il ne parlait pas de choses vraies, cela ne l’a gêné en rien. Le plus grave, à mon sens, n’est pas qu’il ait publiquement manifesté son peu d’attrait pour la culture, mais bien qu’il ait tordu la réalité de façon malsaine, désignant à la vindicte de son auditoire un fonctionnaire hypothétique, vicieux au demeurant, par lequel arrivait le malheur, pour étayer son propos sur les concours et examens. Car il n’y a pas de concours de la fonction publique qui repose sur une seule épreuve, ni une épreuve qui soit décidée par une seule personne, contrairement à ce qu’a donné à croire Nicolas Sarkozy. Pas plus qu’il n’y a d’attaché administratif derrière un guichet. En revanche il y a une concordance des temps, dont la maîtrise relève des enseignements primaire et secondaire.  A ce titre, il aurait dû dire « En tous cas, je l’ai lue il y a tellement longtemps que j’aurais, sans doute, raté  l’examen ! »

On peut se demander quelle est la valeur de la parole de quelqu’un qui se livre à ces pratiques manipulatoires. Dans ces conditions, il est un particulièrement légitime de vouloir démonter le faux pour faire émerger le vrai. C’est l’essence de ma critique. Est-ce que j’y arrive ? C’est au lecteur de le dire.

Pour autant, comme beaucoup, je réfléchis aux mesures qui pourraient apporter des améliorations conséquentes, aux mesures dont il nous faudrait discuter. Je dis mesures et non solutions parce que nous ne sommes pas dans l’ordre de celles-ci.  Si nous nous réclamons de la Gauche, alors nous devons compter beaucoup plus sur les dynamiques socioprofessionnelles, sur la créativité des gens de métiers, pour élaborer les mesures dont nous avons besoin, que sur les éclairs de quelque rédacteur, les consensus des experts ou les déclarations des élites. Plus prosaïquement, si nous voulons des transports ferroviaires fiables et sûrs, gardons nous de ne plus écouter les cheminots.

Mais revenons-en aux propositions. Dans l’article précédent, portant sur la réforme des collectivités territoriales, j’évoquais la possibilité, pour un conseil régional, de confier la maîtrise d’ouvrage déléguée de certaines de ses opérations au conseil général du département dans lequel se trouve l’opération à réaliser. Cette proposition, si nous voulons qu’elle soit discutée, mérite des explications. Le maître d’ouvrage - ou de l’ouvrage – est le propriétaire de l’ouvrage à réaliser. Le conseil régional est ainsi le maître d’ouvrage des lycées de la sa région. Il peut se faire représenter lorsqu’il ne souhaite pas s’occuper lui-même de la réalisation de l’ouvrage. Confier par exemple au conseil général le soin d’agir en ses lieu et place, grâce à un mandat de « maître d’ouvrage délégué. » On comprendra aisément que le département qualifié pour construire des collèges sera bien à même de construire des lycées. Ce système existe en Espagne. En effet, une généralité, région dotée d’une certaine autonomie, peut très bien conduire des opérations, mener des actions pour le compte de l’Etat. C’est cette relation que nous pourrions transposer aux conseils généraux et conseils régionaux. Le Conseil Régional garderait la compétence « lycées », parce que la région constitue la bonne échelle pour ces équipements, notamment pour assurer une péréquation entre départements pauvres et départements riches. Le Conseil Général renforcerait sa légitimité qu’il tire principalement de la proximité qu’autorise le département. Personne ne pourrait plus parler d’empilement des compétences. On peut pousser la réflexion plus loin. Par exemple, la politique des transports dont le Conseil Régional est maître d’ouvrage serait conduite en direct pour l’élaboration du schéma régional, pour les grandes lignes régionales routières ou ferrées et déléguée pour les lignes infra départementales et pour les transports scolaires. En quelque sorte nous serions d’accord pour clarifier les compétences, à condition de les utiliser toutes et d’assurer la présence d’une bonne partie de ces compétences au plus près des populations bénéficiaires. Mais ne nous y trompons pas. La France dans sa constitution reconnaît l’existence et le rôle des partis politiques. C’est en leur sein, principalement, mais pas exclusivement, que doivent s’élaborer les propositions. Des propositions qui fassent la nécessaire place aux dynamiques socioéconomiques que j’évoquais ci-dessus. Il reste bien évident que ces dynamiques comportent des courants contraires. Les forces en jeu ne sont pas toutes là pour construire une  réponse conforme à l’intérêt général, les intérêts particuliers ont depuis longtemps déteints sur la sphère publique.  Nous savons cependant qu’il n’y a de bonne mesure que si nous pouvons en choisir une mauvaise.

Pour revenir aux compétences, soulignons particulièrement celles des élus locaux. Il nous appartient de défendre le fondement de la démocratie qui repose sur l’idée, qui me semble indépassable, que chacun peut un jour être appelé à représenter ses compatriotes pour la gestion de la chose publique. La manœuvre qui consiste à renforcer une élite politique, pour la mettre à l’abri de la concurrence des hommes et femmes de bonne volonté, à l’abri de cette concurrence dont elle veut parachever l’installation dans tous les secteurs de la vie en société, est forcément empreinte de mauvaise foi et contraire à l’intérêt général. La fonction élective est une voie d’enrichissement civique, nous devons la protéger des tentatives d’accaparement.
Ce dernier point n’est pas une proposition mais une exigence. Défendons-là !

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