28 Oct. 2008 - GREGORIO : "De la crise et de ceux qui s’en font une tenue d’apparat."
Il est temps de revenir au clavier. Les jours qui viennent de passer, ce mois d’octobre en quelque sorte, ne m’ont pas laissé le loisir d’écrire. La crise financière fait obstacle à la vente de la moitié de mon terrain, ce qui déséquilibre notre plan de financement, et la jeune architecte que j’avais choisie pour assurer la maîtrise d’œuvre de notre maison renonce au bout de 3 mois pour raison de santé.
Hugh ! Les nuages s’amoncèlent au dessus de nos têtes, ils ne sont pas encore trop noirs, mais d’autres se profilent à l’horizon plus noirs, plus grands. Menaçant des milliers de têtes. C’est de ceux-ci que je voudrais vous entretenir.
Gigoter n’est pas gouverner.
Les déclarations de Nicozy Sarkola n’ont pas l’heur de plaire aux marchés. Comme je les comprends ! Après tout le mal qu’il en a dit, il ne pouvait pas s’attendre à une manifestation de reconnaissance. Occuper le terrain, quand bien même cela ne sert pas à grand-chose est le nouvel art de gouverner.
Dans la magie vaudou, les manifestations attribuées aux esprits tels que bruits ou mouvements dans les branches, les images ou statues qui les représentent s’échelonnent et remplissent les forêts sacrées. S’il n’y en avait qu’une ou deux, des unes comme des autres, on pourrait croire à une imposture, à quelques faux semblants mal combinés, mais devant tant de manifestations concordantes on ne peut que se résigner, ce sont bien des esprits qu’il s’agit. Personne, hormis quelques initiés, tant hommes que femmes, les Houngan et Mambo, ne pénètre, que dis-je ne s’aventure, dans la forêt sacrée. La présence charnelle chasse les esprits. Dans la France, sa forêt sacrée, Nicozy Sarkola est partout en chaire et en os. Là aussi la présence chasse l’esprit. Je ne sais comment un Houngan dirait « gigoter n’est pas gouverner[1] », je suis cependant certain qu’il a une formulation imagée pour dire la même chose.
Le retour de l’Etat ?
Dans un vaste mouvement d’ensemble, journalistes et chroniqueurs, pas tous bien sûr, seule la poignée qui tient les plumes, caméras et micros quotidiens, s’amuse des mesures présentées par Nicozy Sarkola et ses adjoints, invoquant le retour des interventions de l’Etat que le monde libéral chasse avec application depuis des années, en profond accord avec le « consensus de Washington[2] ». Ils raillent le retour de la main de l’Etat dans l’économie. Erreur, terrible erreur messieurs et mesdames les éditorialistes et gazetiers, la main de l’Etat n’a jamais lâché celle du marché. S’il multiplie et concentre la monnaie sur quelques places et institutions mondiales au détriment du plus grand nombre, c’est bien parce que la main de chacun des plus grands Etats a transformé le systèmes financier international en vaste monopoly planétaire. Les grands argentiers qui nous ont conduits à la situation que nous vivons ne doivent la leur, l’enrichissement immodéré dont ils ont bénéficié, qu’à la protection que « la main de l’Etat » leur prodigue. Lorsque Nicozy Sarkola annonce que l’Etat va prêter de l’argent aux banques ce n’est pas de la mainmise de l’Etat sur les banques qu'il s’agit, mais bien d’un transfert d’un bien public coûteux vers le privé. Que quelques adjoints, fiers de leur rôle de seconds couteaux, déclarent que le coût sera nul pour l’Etat, mieux encore qu’il y gagnera grâce aux intérêts ne change rien, puisque c’est mensonger au regard des dispositions techniques retenues pour cette intervention de l’Etat. Le Monde du 25 octobre, sous la plume de Christophe Jakubyszyn, a signalé le problème dans un article intitulé l’Horreur économique de M. Sarkozy : « …[pour les] 10 milliards d'euros de quasi-fonds propres [attribués] aux principales banques françaises. Contrairement au Royaume-Uni, qui ne peut pourtant pas être taxé d'étatisme, la France a renoncé à ses prérogatives d'actionnaire, en réinventant à cette occasion les titres subordonnés[3]. Très écouté par M. Sarkozy, Michel Pébereau, président de la BNP, n'est certainement pas étranger à ce montage juridique et financier astucieux qui prive l'Etat d'une place au conseil d'administration des banques et d'une option sur des plus-values futures. » Les informations nous ont appris que certaines communes se trouvent en difficulté pour avoir souscrit des prêts variables ,dont la complexité technique avait masqué le caractère éminemment risqué. Il en sera de même pour beaucoup des apports en quasi-fonds propres aux banques ; élus et citoyens auront approuvé, sans rien en comprendre, des mesures qui spolient l’Etat et piétinent l’intérêt général. L’exécutif, fidèle à sa logique, passe la main au lieu de la reprendre. Il est profondément choquant que ceux qui ont pour mission de voir clair quand le paysage est brouillé fassent montre d’une telle cécité. Sans honte de l’avouer, j’en veux à ces journalistes que je désignais en tête de paragraphe. Heureusement que de temps en temps ceux qui travaillent avec leur cœur, leurs tripes et leur clavier arrivent à se faire entendre. J’en veux également à ceux des élus que j’entends régulièrement sur les ondes, ou dont je lis les propos dans la presse, ceux-là même qui se sont fait une spécialité de pourfendre les fauteurs de dette publique que sont les petites gens. Ce montage, dans sa nature profonde est tellement contraire à ce que présente Nicozy Sarkola et ses sbires, qu’il aurait dû faire naître une levée de boucliers. C’est étonnant que dans une société dont les élites, leaders et médiateurs ont en permanence à la bouche les termes d’éthique, de valeur et de morale, on assiste à la généralisation des nouvelles formes de complicité, par méconnaissance, insignifiance, veulerie ou tacite approbation.
Quand le marché défaille c’est quand même le marché qui a raison.
Notre inénarrable Nicozy Sarkola en « réinventant » les emplois aidés qu’il avait supprimés par action ou par solidarité gouvernementale, dans les années précédentes. Je suis sûr que ce n’est pas la bonne mesure, et ce n’est parce que les gouvernements de gauche l’avait fait que la pertinence du dispositif est établie. Si, comme je l’entends, il s’agissait de refaire du keynésianisme, ce que je pense nécessaire, c’est plutôt d’un programme ambitieux d’investissements publics dont nous aurions besoin. Il serait plus intéressant que l’argent public serve à créer des équipements publics d’envergure, cela ferait des marchés pour les entreprises, des emplois pour les salariés, des améliorations pour l’avenir et de la richesse fiscale pour tout de suite. Nous avons un manque crucial de logements à coût modéré, voilà qui serait pertinent. Nous sommes tous convaincus de la nécessité de développer les transports en commun peu énergivores, quelle occasion de presser le pas. Je pense que les régions ont toute des projets structurants en mal de financements, quelle occasion de faire redémarrer la machine. Ce serait préparer la sortie de crise avec un optimisme dérangeant. Vous avez, comme moi, entendu dire qu’il fallait restaurer la confiance, voilà quelque chose qui serait digne de la confiance. Rien de tout cela, simplement parce que dans le nouveau paradigme économique, que rien n’entamera, quoique cherche à nous faire croire Nicozy Sarkola, les grands investissements sont la chasse gardée de ceux qui ont accumulé du capital en profitant de la dérégulation dont nous goûtons les résultats. Pourtant tout le monde sait que la crise est désorganisatrice et que le seul signe qui vaille pour soutenir ceux qui souffrent de la désorganisation serait d’investir dans les domaines qui renforcerait notre organisation ou celle de l’Europe. Mieux pour qu’un état soit régulateur, il faut qu’il produise de l’organisation, celle justement que détruit le marché. Dans ce domaine c’est exactement le contraire qui est fait, partout dans le monde.
Occuper le terrain, paraître, encore paraître.
En France et en Europe Nicozy Sarkola endosse la cape de superman alors qu'il utilise la crise pour jouer quelques coups supplémentaires.
Occuper le terrain, paraître, encore paraître.
En France et en Europe Nicozy Sarkola endosse la cape de superman alors qu'il utilise la crise pour jouer quelques coups supplémentaires.
Quand nous réveillerons nous ?
1 - Nous sommes nombreux en France à voir l’agitation et l’écran de fumée qu’elle représente. Visitez les blogs qui informent pour de vrai :
http://lajustice.blogs.liberation.fr/barella/2008/10/nicolas-sarkozy.html
2 - Consensus de Washington
Le "consensus de Washington" tire son nom d'un article de l'économiste John Williamson, qui a défini, en 1989, dix recommandations, notamment en direction de l'Amérique latine :
- Discipline budgétaire
- Réorientation de la dépense publique
- Réforme fiscale
- Libéralisation financière
- Adoption d'un taux de change unique et compétitif
- Libéralisation des échanges
- Elimination des barrières à l'investissement direct étranger
- Privatisation des entreprises publiques
- Dérégulation des marchés
- Prise en compte des droits de propriété
La Banque mondiale et le FMI ont ensuite décidé de subordonner leurs prêts à l'adoption de politiques inspirées de ces thèses.
Voire également : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=856 ,
http://lipietz.net/spip.php?breve299
3 - Les titres subordonnés à durée indéterminée (TSDI)
Ce sont des titres de créance perpétuels dont le capital n'est en théorie jamais remboursé et dont le paiement des intérêts peut être reporté si aucun dividende n'est alloué aux actionnaires.
Les titres subordonnés remboursables (TSR)
Ce sont des titres comparables aux TSDI à la différence que le contrat d'émission prévoit le remboursement. Pour ces derniers le remboursement présente la particularité d’être défiscalisé, c’est-à-dire que la banque qui remboursera les titres prêtés par l’Etat déduira le montant de ces remboursements de son chiffre d’affaire. Une aubaine fiscale de taille pour la banque, une perte de richesse fiscale pour l’Etat.
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