Ayant chanté tout l'été, nous trouverions-nous dépourvus, par ces temps de bises et de frimas ?
Nos fières galères voguant sur les flots bleus de nos esprits se seraient-elles laissé engloutir par les tempêtes ?
Tempêtes réelles comme celle que nous venons d'essuyer où moins matérielles comme celles qui grondent en nos crânes ?
Aurions-nous, en un mot, cessé de nous demander où sont les neiges d'antan ?
Que nenni, ami, l'œil est encore clair, l'âme est encore vive et l'esprit ne nous a pas quitté !

Et cet esprit ne manque pas de sel !

Mais le poète l'a dit bien avant moi : "Le temps s'en va, madame, le temps s'en va ". Et il continue, le bougre, de fuir, ne nous laissant que de courts instants pour nous retourner vers la source du fleuve dans lequel il nous baigne. De courts instants pour nous poser la question de savoir si ce que nous avons vécu hier, avant-hier et tous les hiers d'avant, était bon ou non !

L'ai-je bien descendu ne peut se dire qu'au pied de l'escalier, ou du cadavre selon les circonstances. Que ce dernier soit exquis ou pas importe peu, il ne peut être qu'après qu'un certain nombre de choses se soient passées. Nos ancêtres pleins de sagesse ne nous ont-ils pas répété qu'il ne fallait pas mettre la charrue avant les bœufs ? Encore faut-il, comme l'a dit un ancêtre moins vieux que les autres, laisser du temps au temps ! Et cela prend du temps !

Et le temps de la réflexion n'est pas le plus court. Surtout dans nos temps où tout va si vite, croyons-nous. Car, toute réflexion faite, et ayant donc pris le temps à cette dernière, les choses vont-elle si vite que cela ?

Ne serions nous pas l'objet d'une distorsion de l'espace temps et en train de revivre ce que nos ancêtres ont déjà vécu ? Donc, puisque nous les considérons comme sages, en train, nous aussi de devenir sages ? On peut se le demander lorsque l'on connaît l'histoire de notre monde et qu'on contemple le spectacle qu'il nous donne.
Il ne change guère notre pauvre monde. Nos semblables en humanité sont toujours à la recherche du dernier gadget technologique qui les rendra plus fort que leur semblable, détruisant cette similitude et leur donnant l'impression de dominer les autres. Se sont-ils une seule fois demandé, ces pauvres hères de l'intellect, ce que pouvait bien penser d'eux les chiens de ceux qu'ils pensaient dominer ?

Dominum... Seigneur... Saigneur qui sera, le temps venu, saigné par un autre. L'Histoire est pleine de ces grands-hommes qui n'ont oublié qu'un chose : rester humble. Humble devant l'humanité, humble devant la nature qui vient de nous rappeler que toute notre technologie ne sert à rien contre elle. Nous savons rouler à 190 km/h dans nos voitures et sommes incapables de résister au moindre vent atteignant cette vitesse.

Ohhhh ! L'homme ! Oui, toi, l'homme qui me regarde du haut de ta tour d'ivoire ! Ne vois-tu pas que tu es allé trop haut ? Et que comme Icare tu vas finir par te brûler les ailes ?
Mais il est sourd, il n'entend plus ce qui lui vient d'en bas, il est aveugle, il ne voit plus ce qui l'entoure, il n'a plus de goût, sauf celui du pouvoir, il ne sent plus rien, seul son odeur lui importe. Et, tous ses sens abusés font qu'il croit toucher le ciel alors qu'il touche le fond.

Oui... le temps s'en va !

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