1er mai 2009 - CLÉMENT : "Le souci de vérité"
Deux NONs font-ils un OUI ?
Sur la question de la vérité scientifique, Clément a longtemps considéré que la Connaissance suffisait. La profession qu’il exerçait – enseignant-chercheur en psychologie de l'éducation - avait fait de lui, en cela, un bon disciple de Descartes. Ce qui lui permettait d’accéder au « vrai », c’était l’inventaire rationnel des valeurs pédagogiques, habituellement objet d’impressions mutilées et confuses.
Pour dire NON au désordre de l’écoute empirique il n’avait pas besoin de se transformer intérieurement. Il lui suffisait d’appliquer correctement une méthodologie scientifique d’investigation et de classement. Pour avoir une bonne connaissance des valeurs d’autrui en matière éducative, il devait avoir bonne connaissance de ses propres conceptions. Il a donc essayé, dans le cadre de son travail, par des pratiques diverses d’auto-critique comportementale, de mettre en œuvre la formule laïcisée du Gnothi seauton : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras mieux l’univers des autres ».
Pour dire NON au désordre de l’écoute empirique il n’avait pas besoin de se transformer intérieurement. Il lui suffisait d’appliquer correctement une méthodologie scientifique d’investigation et de classement. Pour avoir une bonne connaissance des valeurs d’autrui en matière éducative, il devait avoir bonne connaissance de ses propres conceptions. Il a donc essayé, dans le cadre de son travail, par des pratiques diverses d’auto-critique comportementale, de mettre en œuvre la formule laïcisée du Gnothi seauton : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras mieux l’univers des autres ».
Cette situation professionnelle dessine une première morphologie de la vérité qui a comme caractéristiques l’enfermement et la fermeture défensive à l’égard du désordre extérieur. Clément y trace des bords, des limites, des lisières, des plages de séparation avec un « dehors » auquel on dit NON, parce qu’il est considéré comme fouillis hétérogène, confusionnel et menaçant. Vers l’intérieur du cercle, on trouve alors un « dedans » propre, silencieux, positif où l’on peut mettre en ordre des choses triées sur la frontière. Car on note toujours la présence, sur les bords de ces formes couvertes, une porte très surveillée, permettant à la fois une discrimination positive des éléments entrants et un rejet vers l’extérieur des éléments perturbateurs ou simplement douteux. Cette morphologie de la vérité contient donc une logique et une topologie de l’inclusion et de l’exclusion.
Pour confirmer l’hypothèse que cette structure spatiale défensive de la vérité avait quelque chose d’universel, Clément est allé faire une balade structurale dans quelques oeuvres de philosophie1 , de psychologie2, de stylistique3, d’art pictural4, de poésie5, de littérature6, et en bien d’autres lieux théoriques ou physiques entourés d’un « Non », comme le Jardin d’Épicure, la Chambre des parents, le Temple maçonnique, et tous les lieux dits sacrés qu’il serait fastidieux et inutile de continuer à citer ici, tant l’universalisation de la vérité-clôture est évidente, aussi bien dans ses effets positifs que négatifs.
Pour confirmer l’hypothèse que cette structure spatiale défensive de la vérité avait quelque chose d’universel, Clément est allé faire une balade structurale dans quelques oeuvres de philosophie1 , de psychologie2, de stylistique3, d’art pictural4, de poésie5, de littérature6, et en bien d’autres lieux théoriques ou physiques entourés d’un « Non », comme le Jardin d’Épicure, la Chambre des parents, le Temple maçonnique, et tous les lieux dits sacrés qu’il serait fastidieux et inutile de continuer à citer ici, tant l’universalisation de la vérité-clôture est évidente, aussi bien dans ses effets positifs que négatifs.
Sur la question de la vérité affective, cette fois, et non plus rationnelle, Clément a toujours considéré qu’il fallait absolument briser toutes les barrières qui empêchent le sujet d’accéder aux valeurs humanistes. La tâche du formateur-animateur de groupe qu’il exerçait dans ses temps de loisir consistait à sensibiliser les enseignants à se confronter directement au désordre de leur projet éducatif. L’activité de militance que Clément développait dans certains associations éducatives (GEMAE, GFEN, CRAP, etc.), dans des groupes de formation personnelle et affective, avait fait de lui un disciple convaincu de Carl Rogers. Il permettait aux participants de ces groupes de parole d’opérer sur eux-mêmes les transformations spirituelles nécessaires à la recherche de leur vérité. Mais pour ce faire il fallait que Clément se transforme lui-même intérieurement. Il devait développer corrélativement ses propres capacités d’auto-analyse. Par des pratiques analytiques diverses, il a donc tenté de mettre en œuvre la formule de l’Epimeleia heautou socratique : « Aie le souci de toi-même, et tu pourras t’occuper des affaires des autres ».
L'expérience associative ainsi vécue par Clément, dessine une deuxième morphologie de la vérité qui a comme caractéristique la négation militante du désordre extérieur, et par effet rebond la destruction de son propre chaos intime. Ces formes lancéolées de la vérité qui ne bouclent pas des murailles, mais qui nient activement le chaos extérieur et intérieur, bouleversent et détruisent les habitudes acquises. Les flèches verbales sont « déterminées », non plus au sens de la clôture d’un espace, mais au sens volontariste de l’action. Elles arment parfois Clément d’un phrasé percutant et d’un logos de conviction. Contre un dehors considéré comme fouillis hétérogène, et un dedans confusionnel on travaille ainsi à la mise en bon ordre des valeurs humanistes. Ordo ab chao. Et l’on note toujours, dans ces formes fléchées de la vérité, un travail du négatif contre lui-même. Par le vecteur de négaction porté par sa parole Clément déchire la cuirasse défensive de son silence d’étudiant . Il met en œuvre, pour pouvoir agir avec efficacité sur son environnement proche et plus largement sur la cité, ce fameux « souci de soi » platonicien qui est une forme de spiritualité par laquelle le sujet Clément opère sur lui-même les transformations nécessaires pour avoir accès à sa vérité.
Pour confirmer l’hypothèse selon laquelle cette structure spatiale militante de la vérité est universelle, Clément est allé la rechercher dans les ouvrages de philosophie7, de psychologie8, d’art9, sur les Portiques stoïciens10 et en bien d’autres lieux de militance socio-politique (Syndicats, Associations humanitaires, etc.) et, ici, dans ce blog, dans la vectorisation critique de quelques écrits tels que ceux de Greg, de Chris, de FranK, de Montaigu, de Bartau, de Claudio, et certaines fois, de Clément lui-même...
L'expérience associative ainsi vécue par Clément, dessine une deuxième morphologie de la vérité qui a comme caractéristique la négation militante du désordre extérieur, et par effet rebond la destruction de son propre chaos intime. Ces formes lancéolées de la vérité qui ne bouclent pas des murailles, mais qui nient activement le chaos extérieur et intérieur, bouleversent et détruisent les habitudes acquises. Les flèches verbales sont « déterminées », non plus au sens de la clôture d’un espace, mais au sens volontariste de l’action. Elles arment parfois Clément d’un phrasé percutant et d’un logos de conviction. Contre un dehors considéré comme fouillis hétérogène, et un dedans confusionnel on travaille ainsi à la mise en bon ordre des valeurs humanistes. Ordo ab chao. Et l’on note toujours, dans ces formes fléchées de la vérité, un travail du négatif contre lui-même. Par le vecteur de négaction porté par sa parole Clément déchire la cuirasse défensive de son silence d’étudiant . Il met en œuvre, pour pouvoir agir avec efficacité sur son environnement proche et plus largement sur la cité, ce fameux « souci de soi » platonicien qui est une forme de spiritualité par laquelle le sujet Clément opère sur lui-même les transformations nécessaires pour avoir accès à sa vérité.
Pour confirmer l’hypothèse selon laquelle cette structure spatiale militante de la vérité est universelle, Clément est allé la rechercher dans les ouvrages de philosophie7, de psychologie8, d’art9, sur les Portiques stoïciens10 et en bien d’autres lieux de militance socio-politique (Syndicats, Associations humanitaires, etc.) et, ici, dans ce blog, dans la vectorisation critique de quelques écrits tels que ceux de Greg, de Chris, de FranK, de Montaigu, de Bartau, de Claudio, et certaines fois, de Clément lui-même...
AINSI, DANS LA QUÊTE DE LA VÉRITÉ, DEUX « NÉGATIONS » INCONCILIABLES SE FONT FACE. Dans son activité de recherche en éducation et dans son engagement militant en formation personnelle, Clément a juxtaposé, sans jamais qu’elles se rencontrent, les deux conceptions disjointes de la vérité dont nous venons de parler. Il a ainsi évité les conflits intimes qui auraient accompagné une contradiction difficilement vécue entre la vérité-connaissance et la vérité-transfiguration . L’une qui s’obtient par la création d’un espace rationnel intime protégé du désordre, l’autre qui s’obtient par la destruction-restructuration de ce même désordre traité in situ dans l’environnement proche.
Il s’agit de l’opposition entre deux négations du chaos axiologique totalement incompatibles : une négation-refus et une négation-attaque. Pure logique de deux NONs distincts l’un de l’autre : un Non-cercle et un Non-flèche, un Non-suture et un Non-coupure. Deux Nons toujours mobilisés car le Chaos obéit méchamment à la logique des fantômes revenants. Il ne peut être détruit complètement ni par le premier Non, ni par le deuxième Non. Chaque Non, pris isolément est impuissant à le chasser complètement, car, chaque négation poussée à l’extrême est génératrice de mort (symbolique), l'une par dissociation, l'autre par dilution.
NOTES
1. La connaissance rationnelle comme détermination négative chez Spinoza, le moment cartésien du cogito,
2. Le négativisme de l’enfant de 3 ans décrit par Henri Wallon. J’ajoute ici, comme entre parenthèses, cette hypothèse que personne ne connaîtra jamais rien, et personne ne sera jamais rien, s’il n’a pas réussi à placer un premier NON défensif et circulaire au milieu sa tête, un NON dont le dessin s’ébauche normalement dès l’âge de trois ans chez le petit d’homme. Un premier NON qui est suivi vers l’âge de 5 ans et jusqu’à 7 ans, d’une phase d’ouverture à autrui, phase de dialogue et d’imitation d’autant plus efficace que le sentiment de clôture sur soi aura été plus puissamment ressenti comme éprouvant.
3. Le début de la Critique de la Raison pure de Kant est une suite de définitions négatives
4. Regardez donc la cuirasse du Saint-Georges terrassant le Dragon de Carpaccio
5. « La vérité va t’entourer comme un écu :/tu ne craindras ni la terreur de la nuit,/ni la flèche qui vole de jour,/ni la peste qui marche dans l'obscurité,/ni la destruction qui frappe en plein midi. » Scuto circumdabit te veritas ejus :/non timebis a timore nocturno,/a sagitta volante in die/a negotio perambulante in tenebris/ab sincursu et daemonio meridiano. Extrait de « Utopia Triumphans, la grande polyphonie de la Renaissance. Opéra du XVème s. » 1 CD Sony « Vivarte » SK 66 261
6. cf notamment la dernière ligne du Candide de Voltaire.
1. La connaissance rationnelle comme détermination négative chez Spinoza, le moment cartésien du cogito,
2. Le négativisme de l’enfant de 3 ans décrit par Henri Wallon. J’ajoute ici, comme entre parenthèses, cette hypothèse que personne ne connaîtra jamais rien, et personne ne sera jamais rien, s’il n’a pas réussi à placer un premier NON défensif et circulaire au milieu sa tête, un NON dont le dessin s’ébauche normalement dès l’âge de trois ans chez le petit d’homme. Un premier NON qui est suivi vers l’âge de 5 ans et jusqu’à 7 ans, d’une phase d’ouverture à autrui, phase de dialogue et d’imitation d’autant plus efficace que le sentiment de clôture sur soi aura été plus puissamment ressenti comme éprouvant.
3. Le début de la Critique de la Raison pure de Kant est une suite de définitions négatives
4. Regardez donc la cuirasse du Saint-Georges terrassant le Dragon de Carpaccio
5. « La vérité va t’entourer comme un écu :/tu ne craindras ni la terreur de la nuit,/ni la flèche qui vole de jour,/ni la peste qui marche dans l'obscurité,/ni la destruction qui frappe en plein midi. » Scuto circumdabit te veritas ejus :/non timebis a timore nocturno,/a sagitta volante in die/a negotio perambulante in tenebris/ab sincursu et daemonio meridiano. Extrait de « Utopia Triumphans, la grande polyphonie de la Renaissance. Opéra du XVème s. » 1 CD Sony « Vivarte » SK 66 261
6. cf notamment la dernière ligne du Candide de Voltaire.
7. La connaissance intuitive comme accès possible à l’unité de l’être chez Spinoza
8. Le personnalisme de l’enfant de 5 ans décrit par Henri Wallon.
9. regardez donc la lance du « Saint-Georges lutte contre le Dragon » de Carpaccio
10. Michel Foucault, dans son dernier cours au Collège de France, en 1984, quelques semaines avant sa mort, a traité du problème des Cyniques grecs qui ont poussé la parole vraie, la parresia, jusqu’au saccage des mœurs qu’il jugeaient inauthentiques. Ils ont aboyé, attaqué et mordu le genre humain tout entier au nom d’un « dire vrai » poussé par eux agressivement à l’extrême. (cf Le courage de la Vérité, Seuil/Gallimard, 334 p.)
8. Le personnalisme de l’enfant de 5 ans décrit par Henri Wallon.
9. regardez donc la lance du « Saint-Georges lutte contre le Dragon » de Carpaccio
10. Michel Foucault, dans son dernier cours au Collège de France, en 1984, quelques semaines avant sa mort, a traité du problème des Cyniques grecs qui ont poussé la parole vraie, la parresia, jusqu’au saccage des mœurs qu’il jugeaient inauthentiques. Ils ont aboyé, attaqué et mordu le genre humain tout entier au nom d’un « dire vrai » poussé par eux agressivement à l’extrême. (cf Le courage de la Vérité, Seuil/Gallimard, 334 p.)
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