Edvige. Un prénom si joli. Le détournement qu’en a fait la bande à Nicozy Sarkola va nous le rendre odieux.. C’est un fichier de personnes, « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public » qui a été baptisé ainsi. Y rentreront, sur des critères de suspicion propres aux forces de l’ordre, toutes les personnes, y compris les enfants à partir de 13 ans.


En premier lieu vous remarquerez avec moi que le fait d’être soupçonné constitue un délit, pas pour celui qui soupçonne mais bien pour celui qui est soupçonné. C’est bien d’un délit qu’il s’agit puisque cela justifie une mesure de police dont on ne peut pas sortir. C’est un basculement fondamental du droit, à tel point que ce n’est plus de droit qu’il s’agit mais de mesures autoritaires. La rhétorique sécuritaire grignote les principes démocratiques sur les bords, réduisant peu à peu la surface de nos idéaux.


En second lieu je suis de plus en plus persuadé qu’un pays qui fait la « guerre » à ses enfants est un pays de vieux cons. Je ne nie pas la délinquance des mineurs, je ne suis pas partisan d’une absence de punition. Chaque personne, à tous les âges de sa vie, a une part incompressible de responsabilité, la liberté est à ce prix. Pour autant, punir sans considérer que le comportement des enfants est un produit de la société, et qu’une société violente produit de la violence, n’amènera aucune amélioration. Pire, cela ouvrira un boulevard aux individus chargés de pensées brunes qui trouveront là l’occasion de donner libre court, au nom de l’intérêt général, à leur plaisir de faire souffrir. Savent-ils tous ces partisans de la cravache que le proverbe latin dont parents et professeurs nous ont rebattu les oreilles, « qui bene amat, bene castigat », ne veut pas dire comme on nous le disait « je te punie parce que je t’aime bien », mais au contraire seul est apte à punir celui qui aime bien. Il y a pourtant mille façons éducatives de punir les faits de délinquance, mille façons porteuses d’avenir. Cette volonté d’y tourner le dos est tout bonnement stupide et méchante. Rien dans les mesures de police, fichiers et instituts d’éducation fermés, rien dans les déclarations publiques de Sarkola et sa bande ne va dans le bon sens.


Pire, le fichage à partir de 13 ans, reprend de façon sournoise cette idée plus brune que brune qui consistait à dire qu’on pouvait découvrir chez les tous petits les signes d’une futur délinquance. Il suffira d’avancer d’un an l’âge du fichage au premier fait divers mettant en cause un mineur de 12 ans. Un peu comme on avait mis en garde à vu ce gamin, de 8 ou 10 ans je crois, soupçonné d’avoir tué un autre gamin au cours d’une bagarre de cours d’école, jusqu’à ce que l’autopsie du gamin décédé révèle que la bagarre n’y était pour rien. Pour faire un raccourci on peut dire qu’avait germé, dans la tête de nos dirigeants, l’idée qu’il y avait des êtres mal nés que la société devaient dépister le plus tôt possible au nom de la sécurité publique. Et tout ça en poussant des cris d’orfraie au son de « encore la violence ! »

Quant aux jeunes pris dans ce tourbillon de la loi de la jungle, qui préfèrent le risque même élevé à la résignation, c’est bien à la société de leur ouvrir un autre avenir. J’ai toujours pensé que les enfants sont capables de supporter les contraintes de l’éducation, de la discipline et de l’éducation à condition qu’ils puissent rêver leur futur.

 

Il y a derrière tout ça une effroyable dynamique de contrôle de la population. L’outil informatique ouvre de telles perspectives que le rêve d’un fichier contenant toute la population française ne sera pas éteint.

 

 

Dans le même temps, le ministre de l’immigration a inventé la machine à faire taire la CIMADE. Celle-ci a depuis longtemps consacré son énergie, son talent, l’engagement de ses salariés et la bonne volonté de ses bénévoles à l’aide au populations d’origine étrangère. A ce titre elle intervenait dans les centres de rétention administrative. Forte de la connaissance intime qu’elle avait de ces centres elle publiait chaque année un rapport sérieux documenté et digne de foi sur leur fonctionnement. Et ces rapports étaient lus, en France et à l’étranger. Ils constituaient un témoignage redoutable que reprenaient plusieurs institutions internationales pour établir leur classement des pays en matière de respect des droits de l’homme. La CIMADE était devenue un contre-pouvoir redouté du gouvernement. Dorénavant le travail d’assistance aux étrangers retenus fera l’objet d’un appel d’offre à l’intention des associations. Celles qui seront retenues devront prendre un engagement de discrétion. Elles n’auront pas le droit de dévoiler ce qu’elles auront eu à connaître dans le cadre de leur mission. Fini le contre-pouvoir. Désormais ce sera le ministre de l’immigration qui fera le rapport sur le fonctionnement des centres de rétention. Vous verrez, tout ira bien. Et la CIMADE sera sous contrôle.

 

 

Car voilà le projet, tenir la population sous contrôle. Chaque mesure est la pièce d’un puzzle qui commence à se dessiner. C’est tellement vrai que Nicozy Sarkola s’applique toujours, avec talent il faut le reconnaître, à séparer les différentes mesures qu’il annonce. Jamais de tableau global, jamais de projet autre que réformer, améliorer. Tout est bon pour éviter les rapprochements. Construire l’appareil de contrôle sans que le plus grand nombre s’en rende compte. C’est cela l’essence de sa politique.

 

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