« Regarder à travers la fenêtre de sa chambre, c'est voir la vie défiler, chaque matin en ouvrant le volet, le monde a changé. » nous dit  un mystérieux fantôme qui se fait appeler Donnie Darko. C’est ce que je me propose de faire ici : ouvrir de temps à autre la fenêtre de ma chambre, fenêtre patinée par le temps, aux encadrements de bois quelque peu vermoulus. J’aime à ouvrir sur le monde cette fenêtre pour voir défiler la vie… Ou plutôt pour essayer de comprendre, à partir de ce que je vois, cette vie qui défile…
Bien sûr que ce regard n’est pas neutre… Il est chargé de tout ce que j’ai accompli jusqu’ici et que j’ai plus ou moins réussi… et chargé davantage encore de ce que j’aurais voulu faire et dont l’aboutissement improbable me laisse un goût amer… En bref je vais tenter de dire la vie telle que je la vois de ma fenêtre de vieux bonhomme retraité de l’enseignement… C’est parce que je poursuivais des chimères, tout en ”enseignant” que j’ai tenté de trouver quel(s) sens  je pouvais donner à la vie…
J’ai donc fait mienne une orientation très globale de mon existence consistant à autoriser les autres — les êtres que j’avais pour mission de « conduire hors » (educere)… — à participer eux-mêmes à la construction de leur projet d’élève et, à long terme, de leur projet de vie… Il me paraît évident que, si j’avais suivi la voie à laquelle la tradition familiale me destinait — agriculteur — ma vision du monde eût été différente : c’est autour de l’avenir des animaux et des plantes que, sans doute disciple de José Bové, j’aurais construit une autre vision, une autre interprétation de la vie… C’eût été peut-être moins impliquant, les animaux et les plantes étant davantage « extérieurs » à ma propre existence que les humains à l’espèce desquels je me sens appartenir… bien que de ceci, je doute parfois ! Certes, il n’est pas commode de se mettre à la fenêtre et de se regarder passer… comme l’affirme un philosophe du dimanche…
Et c’est vrai que, pour saisir quelque chose du sens de la vie qui défile, il est nécessaire de prendre un certain recul, d’être capable de voir les choses de loin ou de haut… Rien de plus « utile», dès lors, que cette espèce de philosophie ”déspécialisée” qu’on appelle métaphysique, à condition de lui attribuer son sens vrai. Le préfixe méta ne signifie pas au-delà comme presque tout le monde le dit, mais en deçà. « En deçà de la métaphysique, le blé ne pousse pas par manque de vie élémentaire, les bœufs et les chevaux meurent sans se reproduire, tout échange se bloque, la langue n’a plus charpente ni sens, la connaissance et la liberté s’évaporent, le collectif se défait, le corps même ne vit plus » . La métaphysique édifie un garde-fou qui sauvegarde notre hominisation : en deçà le gouffre et son tohu-bohu, au-delà notre hominisation…
 La métaphysique est donc le lot commun des humains qui s’essaient à comprendre ce qu’ils sont… Chacun, en fonction de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a acquis, élabore sa propre métaphysique, même s’il n’appelle pas ainsi sa vision du monde et la conscience qu’il peut se faire de sa place d’homme dans la société. Ceci doit rassurer ceux qui n’ont jamais ouvert un ouvrage de philosophie, ou ceux qui, comme moi, en ayant ouvert n’en ont guère profité puisqu’ils ont été de piètres élèves en dans ce domaine pendant leurs études… Ne sachant philosopher, ils s’essaient à la métaphysique, un peu tard sans doute… mais mieux vaut tard…
Bref c’est d’une réflexion — très générale — sur les savoirs et notre rapport aux savoirs que je me propose d’évoquer, par des exposés où j’essaierai de faire court… mais quand on fait court on devient abstrait… enfin, comme le disait si bien ma grand-mère « on fait ce qu’on peut… avec ce qu’on a ! »
À SUIVRE

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