14 juil 2009 - CLAUDIO : "Regards par la fenêtre de ma chambre (3)"
Le règne du performatif : le droit… et la géométrie
Revenons à notre question centrale sur la nature et l’évolution de ces connaissances qui « réfléchissent » notre vision du monde, de nous-mêmes et de nos relations réciproques.
Il n’y a de vérité que judiciaire dans les mythes et légendes fondateurs des sociétés humaines. Dieu ou le Prophète ou quelque autre figure mythique… dit la Loi et la parole crée ce qu’elle dit… « que la lumière soit et la lumière fut ». Parole « performative » puisque son émission suffit à créer un monde, des êtres vivants, un système social… Mais, avant ces mots qui « créent » il y avait bien quelque chose… se demande le métaphysicien « léger »… Impossible… l’innommable ne saurait exister… répond l’épistémologue patenté… Impossible de s’entendre dans ces conditions…
Fort heureusement les choses finissent par se dire, et même s’écrire. Ainsi la Genèse écrit que Dieu sépara la terre des eaux premières et limita cette terre… Au début des temps — et même plus tard après le déluge ou autres catastrophes récurrentes — le partage, la mise en place de limites, s’imposa pour mettre fin au chaos, pour naître ou renaître à la culture, au moins au sens agricole…
L’assignation de limites — des champs, des terrains de chasse ou des aires de pétanque…— met fin aux contentieux entre voisins : voici le droit de propriété. On enclôt exactement un terrain et on se l’attribue : voici le droit civil et privé. Cette délimitation par bornes permet au cadastre royal d’ancrer la place de chacun et de fixer l’assiette de l’impôt et des taxes diverses : voilà le droit public et fiscal. Qui décide ? Le législateur, celui qui dit le droit et le fait appliquer… Les juristes, et plus encore les professeurs de droit, ne peuvent être, par nature, que performatifs…
De ce geste de répartitions originaires va naître la géométrie. Celle-ci va produire un accord nouveau avec ceux qui démontrent : comme si la justesse avait plus de force que la justice, bien que celle-ci, sur ce point, ait précédé celle-là… Avant le consensus savant sur la précision de la découpe un contrat juridique s’impose mettant, en premier, tous les gens concernés d’accord. Cet accent mis sur la « justesse » rend compte que, dans les temps où nous vivons, les professeurs de mathématiques sont, pour le moins, aussi « performatifs » que les professeurs de droit…
Donc, le déluge efface les limites et bornes des champs cultivables et, du même coup, disparaissent les propriétés. Revenus sur ce terrain chaotique, les harpédonaptes — que l’on peut aussi nommer « arpenteurs »— les redistribuent et réinstaurent les marques du droit effacé. Celui-ci réapparaît avec la géométrie, ou plutôt, les deux naissent avec la notion de limite, de bord, de définition… avec la pensée analytique. La définition de la forme en implique les propriétés : pour la géométrie celles du carré, du rectangle, du losange… ; pour le droit, le propriétaire. Sur la même opération, la pensée analytique s’enracine ; pensée analytique d’où sortent deux rameaux : le droit et la géométrie, ou, plus généralement, la science.
Le premier prêtre qui, ayant enclos un terrain, trouva les voisins satisfaits de leur clôture commune est le vrai fondateur de la pensée analytique et, partant d’elle, du droit et de la géométrie. Pacte d’autant meilleur que les termes s’affinent, que les parts sont exactement découpées, que les valeurs et mesures se précisent. Ces exigences valent tout autant pour le contrat défini par le juriste que pour le contrat défini par le scientifique.
Il semblerait donc que le droit précède la science et peut-être même l’engendre. Sans doute est-il plus pertinent de considérer que droit et science ont une origine commune, abstraite et sacrée, qui les rassemble. Avant cette origine, on ne peut imaginer que le déluge ou tout autre quelconque chaos qui mêle les choses du monde, les causes, les effets, les formes, les relations, les limites…
Quelque chose à l’image de l’état contemporain de nos problèmes…
Donc intervint un contrat social d’où naquirent les politiques et les droits. Notion de contrat social, sans doute mythique mais fondamentale pour comprendre comment sont nées les obligations qui nous lient les uns aux autres… au moins pour ceux dont l’idée naïve de les voir naître du péché originel apparaît comme un alibi, tout juste bon à annihiler notre pensée. Il se dirait même que la notion de contrat social est au fondement de toutes les sociétés traditionnelles, y compris celle où nous vivons…
Un deuxième contrat — quelques cinq siècles avant Jésus-Christ — en Grèce ou dans la vallée du Nil… où il faisait alors bon vivre — associa certaines personnes — prêtres ? fonctionnaires ? juristes ?… — sous la contrainte de s’incliner devant la nécessité de la mesure exacte, puis de la démonstration… C’est de ce deuxième contrat de ce pacte savant que vont s’ensuivre les sciences.
Il n’y a de vérité que judiciaire dans les mythes et légendes fondateurs des sociétés humaines. Dieu ou le Prophète ou quelque autre figure mythique… dit la Loi et la parole crée ce qu’elle dit… « que la lumière soit et la lumière fut ». Parole « performative » puisque son émission suffit à créer un monde, des êtres vivants, un système social… Mais, avant ces mots qui « créent » il y avait bien quelque chose… se demande le métaphysicien « léger »… Impossible… l’innommable ne saurait exister… répond l’épistémologue patenté… Impossible de s’entendre dans ces conditions…
Fort heureusement les choses finissent par se dire, et même s’écrire. Ainsi la Genèse écrit que Dieu sépara la terre des eaux premières et limita cette terre… Au début des temps — et même plus tard après le déluge ou autres catastrophes récurrentes — le partage, la mise en place de limites, s’imposa pour mettre fin au chaos, pour naître ou renaître à la culture, au moins au sens agricole…
L’assignation de limites — des champs, des terrains de chasse ou des aires de pétanque…— met fin aux contentieux entre voisins : voici le droit de propriété. On enclôt exactement un terrain et on se l’attribue : voici le droit civil et privé. Cette délimitation par bornes permet au cadastre royal d’ancrer la place de chacun et de fixer l’assiette de l’impôt et des taxes diverses : voilà le droit public et fiscal. Qui décide ? Le législateur, celui qui dit le droit et le fait appliquer… Les juristes, et plus encore les professeurs de droit, ne peuvent être, par nature, que performatifs…
De ce geste de répartitions originaires va naître la géométrie. Celle-ci va produire un accord nouveau avec ceux qui démontrent : comme si la justesse avait plus de force que la justice, bien que celle-ci, sur ce point, ait précédé celle-là… Avant le consensus savant sur la précision de la découpe un contrat juridique s’impose mettant, en premier, tous les gens concernés d’accord. Cet accent mis sur la « justesse » rend compte que, dans les temps où nous vivons, les professeurs de mathématiques sont, pour le moins, aussi « performatifs » que les professeurs de droit…
Donc, le déluge efface les limites et bornes des champs cultivables et, du même coup, disparaissent les propriétés. Revenus sur ce terrain chaotique, les harpédonaptes — que l’on peut aussi nommer « arpenteurs »— les redistribuent et réinstaurent les marques du droit effacé. Celui-ci réapparaît avec la géométrie, ou plutôt, les deux naissent avec la notion de limite, de bord, de définition… avec la pensée analytique. La définition de la forme en implique les propriétés : pour la géométrie celles du carré, du rectangle, du losange… ; pour le droit, le propriétaire. Sur la même opération, la pensée analytique s’enracine ; pensée analytique d’où sortent deux rameaux : le droit et la géométrie, ou, plus généralement, la science.
Le premier prêtre qui, ayant enclos un terrain, trouva les voisins satisfaits de leur clôture commune est le vrai fondateur de la pensée analytique et, partant d’elle, du droit et de la géométrie. Pacte d’autant meilleur que les termes s’affinent, que les parts sont exactement découpées, que les valeurs et mesures se précisent. Ces exigences valent tout autant pour le contrat défini par le juriste que pour le contrat défini par le scientifique.
Il semblerait donc que le droit précède la science et peut-être même l’engendre. Sans doute est-il plus pertinent de considérer que droit et science ont une origine commune, abstraite et sacrée, qui les rassemble. Avant cette origine, on ne peut imaginer que le déluge ou tout autre quelconque chaos qui mêle les choses du monde, les causes, les effets, les formes, les relations, les limites…
Quelque chose à l’image de l’état contemporain de nos problèmes…
Donc intervint un contrat social d’où naquirent les politiques et les droits. Notion de contrat social, sans doute mythique mais fondamentale pour comprendre comment sont nées les obligations qui nous lient les uns aux autres… au moins pour ceux dont l’idée naïve de les voir naître du péché originel apparaît comme un alibi, tout juste bon à annihiler notre pensée. Il se dirait même que la notion de contrat social est au fondement de toutes les sociétés traditionnelles, y compris celle où nous vivons…
Un deuxième contrat — quelques cinq siècles avant Jésus-Christ — en Grèce ou dans la vallée du Nil… où il faisait alors bon vivre — associa certaines personnes — prêtres ? fonctionnaires ? juristes ?… — sous la contrainte de s’incliner devant la nécessité de la mesure exacte, puis de la démonstration… C’est de ce deuxième contrat de ce pacte savant que vont s’ensuivre les sciences.
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3 commentaires
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par claudio, le Jeudi 23 Juillet 2009, 11:44
Son père était géomètre-arpenteur, son grand-père forgeron.Répondre à ce commentaire
Il naît d’ailleurs dans la forge familiale, accolée à la cathédrale de Mézin, et y passe sa petite enfance.
Cette maison sera plus tard démolie et reconstruite pierre par pierre à l’autre bout de la petite ville.
Armand Fallières… Non?
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Oui !
Commentaires
1 - QjQENPxmKcpar Mo, le Lundi 20 Juillet 2009, 05:26 Répondre à ce commentaire
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