Mais quel fil suivre ? Celui du temps ? Ce temps que l'on compare à un fleuve, puisqu'on en suit le cours, un fleuve destiné à se jeter inexorablement dans la mer ou l'océan. Quelle mer ? Quel océan ? L'histoire ne le dit pas et c'est à chacun de nous de le découvrir, un jour, comme l'ultime vérité. Cette vérité à la recherche de laquelle nous aurons passé le bref moment de notre vie. Mais nous passons notre temps à suivre ce fil du temps ! Il n'y a aucune raison de le suivre plus en avril qu'en un autre moment. Et d'ailleurs, comment pourrait-on suivre plus ou moins le fil du temps ? Il nous emporte sans que nous n'en puissions mais. Alors ? Quel fil suivre ? Celui de l'imagination ? Cette imagination que nous aimerions voire seule au pouvoir à la place des radoteurs ressassant toujours les mêmes idées qui gouvernent aujourd'hui le monde.


C'est Aharon Appelfeld qui a dit :  "Un homme sans imagination est comme un oiseau aux ailes tranchées".


J'ai rencontré des oiseaux aux ailes tranchées, dans les basses-cours. Pour les empêcher de prendre leur vol ! Et c'est bien à cela que me fait penser, aujourd'hui, la société qui s'installe : une gigantesque basse-cour, où quelques coqs font la loi et où poules et poussins n'ont qu'à suivre leur petit train de vie :  du poulailler à la mangeoire, de la mangeoire à l'abreuvoir et de l'abreuvoir au poulailler. "Ne pensez pas, l'État s'en charge" pouvait on lire en 68. Le message est fort bien passé... il ne reste plus beaucoup de vilain petit canard pour penser un monde meilleur et plus éclairé.


Et le peu qui reste est quelque peu impuissant devant les accapareurs. Ce sont les mêmes que ceux à cause de qui ont eu lieu les révoltes qui ont amené la Révolution en 1789. Mais ce n'est plus le blé qu'ils accaparent, ce sont tous les moyens d'expressions, à commencer par les media, ce sont tous les moyens de produire, à commencer par les banques et les entreprises, ce sont les moyens de vivre, à commencer par les hôpitaux. 

 

Heureusement les vilains petits canards ont un arme, la seule que les coqs ne pourront leur prendre, une arme qui peut devenir une arme de destruction massive : le rêve !


Refuser le rêve, c'est méconnaître André Breton et ses "Vases communicants". Faire s'unir, afin qu'ils ne deviennent qu'un, le rêve et la réalité, quel plus beau programme.  Une vrai vie de rêve, en quelque sorte.

A 16 ans, j'écoutais les Everly Brothers chanter le tub du moment "Dream". Plus tard, j'ai entendu un pasteur noir s'écrier du haut d'une tribune : "I have a dream". Il a osé, ce petit homme que son assassinat allait rendre grand, s'en prendre à la sagesse populaire, biblique même puisque c'est dans l'Ecclésiaste que l'on trouve cette parole, source primordiale de cette sagesse : " Ce que les yeux voient est préférable à la divagation des désirs".

 

En avril, suivons donc le fil... de notre imagination.


Tous ensemble, vilains petits canards rêveurs, ayons de l'imagination pour dix, pour cent, pour des milliers. Bâtissons nos châteaux en Espagne et rebâtissons les chaque fois que les esprits grognons les démoliront.


Faisons, comme Pascal, un pari ! Mais pas celui de contracter, telle une maladie, une foi dont nous ne saurions que faire. Non, celui qu'à force de rêver, la force de notre rêve arrivera à dépasser celle du sommeil profond dans lequel sont tombés nos concitoyens. Soyons paradoxaux, continuons le combat, comme nous le scandions en 68.

 

Et, à force d'imagination, nous arriverons bien en mai. Et nous pourrons faire, enfin, ce qu'il nous plaît.

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