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Jacques MAZÉRAT : "Peut-être"

SUR L'IDENTITÉ

C’est la période des cadeaux. Peut-être qu’un de vos proches aura cédé à cette mode vulgaire qui consiste à offrir un bon-cadeau d’une quelconque enseigne de vêtements de sport, de livres ou de disques. L’idée que ceux qui me sont chers ne sauraient pas quoi m’offrir m’est insupportable. L’idée que le cadeau ne porterait rien de plus que ce qu’il est dans sa triste matérialité m’est également insupportable. L’idée qu’on offre une fraction de cadeau ou un cadeau et la monnaie qu’il faut pour faire un compte rond m’est, elle aussi, insupportable

Mais enfin soyons tolérants. Peut-être donc que l’un d’entre vous aura, le 25 au soir, un bon pour acheter un livre. Si tel était le cas, peut-être lui serait-il agréable qu’on lui suggère quelque titre de livre, pour la simple raison qu’il aurait envie de se surprendre lui-même en ne piochant pas dans la liste qu’il a en tête et qu’il incrémente presque chaque jour. Si tel était vraiment le cas, je me ferais un plaisir de lui recommander « Comment le peuple juif fut inventé » de Shlomo Sand, historien israélien.

Du cœur de l’ouvrage j’ai ramené ces quelques lignes :
« Les mythes centraux sur l’origine antique d’un peuple prodigieux venu du désert, qui conquit par la force un vaste pays et y construisit un royaume fastueux, ont fidèlement servi l’essor de l’idée nationale juive et l’entreprise pionnière sioniste. Ils ont constitué pendant un siècle une sorte de carburant textuel au parfum canonique fournissant son énergie spirituelle à un politique identitaire très complexe et à une colonisation territoriale qui exigeait une autojustification permanente. »
Ces quelques lignes contiennent presque tout, y compris la terrible certitude, ressentie par votre serviteur, que les palestiniens n’auront jamais d’Etat indépendant. Pire, ils seront chassés directement ou indirectement de leur terre natale.
Vous aurez noté que l’avant dernière ligne porte les termes de politique identitaire. Nous sommes à l’orée de notre sujet, que le texte de Shlomo Sand a labouré avec une grande maîtrise pendant les 54 pages de la première partie intitulée « Fabriquer des nations. Souveraineté et égalité »
Voilà, c’est à lire. Merci monsieur Sand.
 
Je profite de ce billet pour demander à ceux d’entre vous, blogueurs et vagablogueurs, qui ont lu le petit livre de Jean-Marie Adiaffi, « La carte d’identité » de m’en entretenir ici même, fut-ce en 2 lignes.
 
En vous souhaitant un joyeux Noël.

Jacques MAZÉRAT : "L'erreur et le délit"

Merci à Michel SERRES

Je vous avais brièvement entretenu, lors de notre dernier repas à Labourdette, du dossier que Libération avait publié dans son édition quotidienne du 19 novembre. Plusieurs philosophes, dont Michel SERRES, étaient invités à se saisir de la question que pose le débat sur l'identité nationale. L'éditorial écrit par Michel SERRES aurait dû suffire pour qu'un homme d'honneur, s'il en était un à l'initiative de cette funeste idée, retire ce débat de l'espace publique et présente des excuses également publiques. Je publie ici ce texte sans autorisation de Libé ou de Michel SERRES, mais je compte sur leur bienveillance. Je crois qu'il y a des textes qui s'élèvent, dès leur parution, vers le domaine public. Celui-ci en est. Il n'y a pas de loi pour cela, seule compte le rayonnement de la pensée et l'intérêt général. J'ai ajouté en fin de page l'adresse internet pour que vous puissiez aller voir les autres articles du dossier.Enfin précisons, et là je m'adresse à vous, amis lecteurs, amis blogueur, comme à moi-même, que cet article ne sonne pas la fin de notre travail sur le sujet, bien au contraire.
Bien sincèrement,

Jacques Mazérat

Faute

Par MICHEL SERRES Professeur à la Stanford University, membre de l’Académie française.

Serres est marqué sur ma carte d’identité. Voilà un nom de montagne, comme Sierra en espagnol ou Serra en portugais ; mille personnes s’appellent ainsi, au moins dans trois pays. Quant à Michel, une population plus nombreuse porte ce prénom. Je connais pas mal de Michel Serres : j’appartiens à ce groupe, comme à celui des gens qui sont nés en Lot-et-Garonne. Bref, sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. Deux autres y figurent : les gens qui mesurent 1,80 m, et ceux de la nation française. Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. Ou vous dites a est a, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites a appartient à telle collection, et voilà l’appartenance. Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan. Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. Or cette erreur, or cette injure nous les commettons quand nous disons : identité religieuse, culturelle, nationale… Non, il s’agit d’appartenances. Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout ; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les œufs durs, etc. Identité nationale : erreur et délit.


http://www.liberation.fr/editorial/0101603834-faute

2 novembre 2009 - Jacques MAZÉRAT : "De la laïcité"

Pour lancer une controverse...

Laïcité, mot si facile, si courant, que nous rencontrons tant et tant de fois, que nous avons dans la poche, comme les promeneurs y ont une lampe pour s'assurer de leur chemin quand faiblit la lumière, ou pour faire sortir quelque détail qu'enveloppe une ombre épaisse, ou bien encore pour guider quelque autre promeneur moins expérimenté. Oui nous avons tous notre laïcité.
Cependant comme chaque lampe a ses caractéristiques propres, sa température de couleur, sa puissance, son faisceau, son pinceau lumineux, chacune de nos laïcités a son tempérament. Elles se ressemblent toutes, puisqu'elles sont toutes les représentations mentales, verbalisées ou non, d'une même idée, d'un même idéal. Elles ont un air de famille, et c'est bien normal puisque nous sommes tous frères, mais aucune n'est identique.
Elles ont pour beaucoup influencé la mienne, la tienne, les vôtres, les nôtres, et nous avons contribué à les modeler, tant et si bien que nous sommes en devoir de les prendre en compte. Et pourquoi ne prêterions-nous pas attention à ceux qui la combattent, ou seulement la méprisent. Car ils ont leur laïcité, même s'ils la rejettent, ou la maltraitent, lui ajoutant quelque qualificatif, positive par exemple, pour en réduire la portée.
Quel foisonnement, quelle abondance de laïcités ! il faut essayer de cerner, de rassembler tous ces concepts, il faut trier également, car l'ivraie se mélange souvent au bon grain. Il nous faut faire la gerbe de tous les épis, sans en laisser un au sol s’il se peut. Il nous faut « tracer » la laïcité.

Voyons comment Jean Lacouture définit la position de François Mitterrand au regard de la chose religieuse, dans le tome 2 de la biographie qu'il lui a consacrée. "Est religieux ", écrit Renan que [Mitterrand] lit souvent, " celui qui voit dans la nature quelque chose au-delà de la réalité, et pour lui-même quelque chose au-delà de la mort ". François Mitterrand est d'évidence un être religieux. Qu'il se dise agnostique signifie seulement qu'il n'a pas de réponse... L'ordre politique auquel il se voue lui paraît exclusif de toute référence religieuse. Peu lui importe le sentiment religieux qui habite tel ou tel. Ce qu'il rejette, c'est l'intrusion du religieux dans l'ordre politique. Il aura en exécration toute coloration religieuse de la vie politique. Mais ce laïcisme pointilleux va de pair avec une fascination pour tout ce que la mort comporte d'appareil sacré.
Il ne s'agit point du panégyrique de l'attitude du président de la république mort le 8 janvier 1996, pas plus que d'un travail sur la qualité de biographe de Lacouture. Il s'agit seulement d'une définition élaborée à l'endroit d'un personnage politique, une définition de la laïcité comme principe et mode d'action politique. Qu'elle fut énoncée à propos de Mitterrand n'apporte ni n'enlève rien. Qu'elle s'applique bien ou mal au président défunt, ne lui ôte rien de sa qualité de définition, c'est cela et seulement cela que nous vous proposons de retenir.

Jean-Michel Ducomte dans un article écrit pour la revue Humanisme, détermine un contour de la laïcité, lorsqu'il s'élève contre cette bizarrerie de la constitution de 1958, notamment en son article 55, qui, donnant aux traités et accords régulièrement ratifiés une autorité supérieure à celles des lois, laisse entamer le principe de laïcité. Et de fait il remarque fort judicieusement que la construction européenne risque d'être le cheval de Troie d'un lobbying religieux qui dit à tous les Etats de l'Union Européenne son souhait de voir reconnaître le rôle "des Eglises et des autres communautés religieuses dans l'identité et les cultures des Etats membres ainsi que dans l'héritage culturel commun des peuples européens ".
Ainsi se définit par deux approches différentes la laïcité, concept politique, principe posé dans la constitution française de 1958, en son article 1 :
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales."


Mais la laïcité c'est également cette forme de lutte contre l'église catholique que mena Emile Combes, qu'on appelait l'anticléricalisme. La violence inhérente à toute lutte, les affrontements auxquels elle donne lieu sont générateurs d'excès, d'outrances. Et, en bien des cas, on put voir des anticléricaux sectaires, à un point tel, qu'aujourd'hui, ce concept a perdu son sens initial. Peu de personnes osent s'en réclamer.
Sans doute que le poids de l'église, son sens du pouvoir temporel, lié à la longueur du temps pendant lequel elle pesa sur les hommes, avec un sens de l'amour si ténu, qu'en bien des époques, il aurait fallu un microscope pour le trouver, sans doute donc que ceci provoqua cela. Luttant contre l'église, appareil politique de domination, on en vint à s'attaquer à tout ce qui la rappelait, que ce fut bon ou mauvais. L'esprit critique, le droit d'inventaire, le devoir de réflexion n'avaient plus cours.
Cette laïcité-là est différente du concept politique que nous avons cerné ci-dessus, en ce sens que celle-ci est réactionnelle, un peu brute de décoffrage, alors que celle-là est plus élaborée, plus accomplie. Dans l'ordre de la civilisation, elle vient après, elle représente un progrès sur sa devancière. Pour autant il serait erroné de nier le rôle irremplaçable que cette première a joué dans l’émancipation de la pensée humaine. Aujourd’hui, qu'il faille continuer à tenir les églises en respect est indéniable, certaines de leurs composantes ont des visées bien peu spirituelles.

La laïcité est cependant plus que cela. Mais de grâce ne faisons pas d'amalgame réducteur, l'Église catholique, celle qui a le plus marqué l'histoire de notre pays, n'est pas dans la réalité aussi monolithique qu'on pourrait le croire à écouter les discours de ses dirigeants. Et ne confondons pas les oeuvres d'hommes et de femmes de bonne volonté avec les méfaits d'un appareil de pouvoir. Que serait la musique si on l'amputait de la musique sacrée, de celle qui eut le sentiment religieux pour inspiration, que serait la sculpture, la peinture, l'architecture ? Là où s'exprime le génie de l'homme, là se doit trouver notre attention et notre respect, car ce qui fait la culture des hommes appartient à tous les hommes, venus, présents et à venir.

Il n'est pas question de dire, ou de donner à penser, que la lutte pour l'instauration de la laïcité est archaïque. Il est seulement indispensable de rappeler que pour des êtres libres, comme l'écrit Milner dans un de ses livres intitulé la trahison des clercs : "Il n'est rien de si frivole ou de si indigne qu'on ne doive y appliquer sa pensée. "

Dans ce cheminement, nous venons de rencontrer la laïcité principe de gestion politique, puis la laïcité objet d'engagement et de luttes pour la liberté de pensée, qui a vu, au fil du temps, son caractère d'idéal mobilisateur s'émousser.

Poursuivons notre recherche de références, en essayant de trouver un autre angle de vue. Et pour ce faire nous emprunterons une parabole écrite par Michel Serres en introduction de son ouvrage le Tiers-instruit. Qu'il veuille bien nous excuser d'avoir dû la condenser.
De retour d'un grand voyage sur ses terres lunaires Arlequin se retrouve sur une scène pour une conférence. Pressé de questions sur les choses extraordinaires qu'il a vues en traversant de tels lieux, il répond que tout est identique à ce qu'on peut voir sur ce globe-ci. Que les écarts ne sont que question de degré, de grandeur et de beauté. Les auditeurs incrédules, tant ils attendaient autre chose, insistent. Arlequin persiste "Rien de nouveau sous le soleil ni dans la lune. La parole du Roi Salomon précède toujours celle du potentat satellite. (...) Royal ou impérial qui détient le pouvoir ne rencontre, en effet, dans l'espace, qu'obéissance à sa puissance, donc sa loi.
Un bel et mauvais esprit désignant le manteau d'Arlequin s'écrie :
- Toi qui affirmes que tout est partout comme ici, voudrais-tu nous faire croire aussi que ta cape est en toute pièce la même, par exemple devant comme au fondement. ?
Et de fait l'habit d'Arlequin montre une sorte de mappemonde, la carte de ses voyages, comme une valise constellée de marques.
Ainsi la cape faite de morceaux, en haillons ou en lambeaux, de toutes tailles, mille formes et couleurs variées, sans souci de la transition ou du voisinage dément le propos tenu.
Le bel esprit pousse son avantage et persifle :
-    Te vêts-tu du routier de tes voyages ?
Tout le monde rit.  Arlequin est pris et déconfit.
Il sent le ridicule de la situation. La seule porte de sortie est d'ôter cet habit. Mais sous l'habit de couleur, de lumière, de misère, de morceaux usés et pièces neuves, il en porte un autre tout aussi chamarré. Puis un troisième de même nature et de même effet, et un autre encore qui ne le cède en rien aux premiers. Artichaut ou oignon, Arlequin n'en finit pas de s'effeuiller. Le public ne cesse de rire.
Tout à coup le silence. Le nu que chaque vêtement semblait faire reculer, s'offre aux regards. Stupeur, Arlequin est tatoué. Il exhibe une peau bariolée Tout le corps ressemble à une empreinte digitale. Comme un tableau sur une tenture, le tatouage, strié, nue, chamarrée, tigré, damassé, moiré, dessine maintes pièces. Même la peau dément l'unité prétendue par son dire, puisqu'elle aussi est un manteau d'Arlequin.
Le voici dévoilé, livré sans défense à l'intuition. Il est l'ange et la bête, le vainqueur vaniteux, modeste ou vengeur et l'humble ou répugnante victime, l'inerte et le vivant, le misérable et richissime, le plat sot et le fou vif, le génie et l'imbécile, le maître et l'esclave, l'empereur et le paillasse. Monstre certes, mais normal tellement il est humain. Des charmes d'enfance mêlés à des rides propres au vieillard font qu'on se demande son âge. Mais surtout tout le monde découvrit son métissage : mulâtre, câpre, eurasien, hybride en général, sang-mêlé, marron, coupé.
Et sous sa peau ? Arlequin découvre pour finir sa chair. Mélangés, la chair et le sang mêlé d'Arlequin ressemblent encore à s'y méprendre à son manteau.
Fatigué, usé, irrité de la tournure prise par cette comédie le public à déjà bien quitté la salle. Quand déjà du monde fut sorti, quelqu'un jeta soudain un appel, de sorte que tous ceux qui étaient là se retournèrent, vers la scène inondée par la lueur des feux de la rampe :
- Pierrot, Pierrot, s'écria-t-il. Pierrot lunaire !
A la place d'Arlequin se dressait une masse éblouissante, incandescente, plus claire que pâle, plus transparente que blafarde (...) candide, pure virginale, toute blanche.
Lorsque le rideau tomba, sortant, les sots, ceux qui avaient tant ri, se demandaient : :
- Comment les milles couleurs du bariolage peuvent-elles se résoudre dans leur somme blanche ?
De même que le corps assimile et retient toutes les différences vécues pendant les voyages et revient à la maison métissé de nouveau gestes et d'autres usages, fondus dans ses attitudes et fonctions, au point qu'il croit que rien, pour lui ne changea, de même le miracle laïque de la tolérance, de la neutralité bienveillante, accueille dans la paix, tout autant d'apprentissages pour en faire jaillir la liberté d'invention, donc la pensée.
Si j'ai bien retracé en quelques lignes, cette parabole que Michel Serres a fait naître en six pages, vous conviendrez avec moi que la laïcité dépasse le principe politique qui a même nom, même si elle ne peut s'épanouir sans lui. Vous conviendrez également qu'elle nous est indispensable dans la recherche de la vérité, comme elle l'est à tous les hommes de bonne volonté.
Mais la laïcité ne saurait être une nouvelle déesse. La somme blanche de toutes nos couleurs n'est en rien la finalité de notre exigence laïque, et pour tout dire si nous prenions la parabole de Michel Serres à notre compte pour la prolonger ?

La file des spectateurs s'étiolait lorsqu'un d'eux, qui n'avait ni ri, ni grogné, alors qu'il venait de franchir la porte de la salle, s'adressa à son voisin d'un soir :
- Et maintenant que les lumières sont éteintes, derrière le rideau c'est Pierrot ou Arlequin ? Interloqué, celui qui se trouvait en possession de cette question sans l'avoir voulu marqua un temps d'arrêt. Puis répondit :
- Mais c'est vrai, allons voir.
Ils rebroussèrent chemin. La salle était vide et sombre, le rideau relevé donnait à voir une scène vide et sombre. Seule un rai de lumière fatiguée, venant des coulisses, indiquait qu'au-delà de ce lieu qui avait vu l'incroyable, quelque chose se passait.
Les deux hommes se glissèrent entre les rangées de sièges, montèrent sur la scène, se faufilèrent sans bruit derrières les tentures qui délimitaient la scène, guidés par la lumière. Et au milieu d'une pièce nue qu'une lampe pendue au bout d'un fil sortait mal de la nuit, Arlequin, de dos, qui avait pansé ses plaies, passé sa peau, passait ses manteaux en pensant à son aventure.
Peut-être un bruit de lame de parquet, ou encore un souffle, ou peut-être rien, car de quoi a besoin un Arlequin, fit qu'il se retourna.
Et les deux hommes qui voulaient en savoir encore plus, qui pensaient que penser vaut qu'on s'interroge, virent, stupéfaits, le visage souriant de Pierrot, le rosé aux joues, le rouge aux lèvres, les dents légèrement découvertes, quelques ridules d'expression aux coins des yeux. Arlequin-Pierrot reprenait les couleurs de la vie.
Ainsi se prolonge le miracle laïque en rappelant que rien de ce qui fait jaillir la liberté de pensée ne s'abîme dans la liberté de pensée. Le chemin qui mène à la liberté de pensée, pour aussi longtemps qu'on le suive va de la couleur au blanc, puis revient à la couleur pour retourner au blanc, sans jamais s'arrêter, il est comme les battements de la vie.
Ce chemin c'est la laïcité."  Pouvons-nous faire une synthèse de ces approches polymorphes et fécondantes qui s'enrichissent les unes les autres ne serait ce qu'en nous plongeant au plus profond du concept ? Là ou quelquefois nous pensions que la première incursion que nous y avions fait valait pour toujours. Je ne le crois pas, la lumière viendra du tout, c'est Arlequin qui nous l'apprend, et le tout est riche en couleurs, c'est Pierrot qui le dit.


Lutte de libération, objet de militance active et d’engagement, de combat, puis objet philosophique et enfin idéal politique, la laïcité est au moins tout cela.
La laïcité est un principe philosophique, dont découlent des pratiques telles que la lutte contre l'emprise de l'église sur l'appareil politique, la séparation de l'église et de l'Etat la liberté de culte. Ces dernières ne sauraient cependant résumer ce premier. Et ce principe est le terreau de la liberté de pensée. S'il est vrai que les progrès de l'humanité sont le fait d'esprits libres, alors nous devons oeuvrer à plus de laïcité. Il faut bien remarquer qu'il y a un seul principe, mais que se déclinant en plusieurs domaines, et des temps et des espaces divers, il prend des formes différentes.
Il est bon de s'attarder un peu sur la relation entre laïcité et catholicisme car ce fut un moment fort de notre histoire. Il est plaisant de penser que l'église catholique, qui s'est construite en revendiquant pour elle seule l'héritage du christianisme, a amputé cet héritage, si on en croit les textes anciens et des passages portant en germe la laïcité.
Telle qu'est racontée l'histoire de Jésus, vraie ou inventée, historique ou symbolique, elle n'en rapporte pas moins qu'à ceux des hommes qui voulaient le confondre, lui demandant s'il était permis de payer le tribut à César, il répondit " rendez à César ce qui est à César. ". Plus tard, devant Pilate qui lui demandait ce qu'il avait fait pour que les juifs viennent le livrer, et s'il était vrai qu'il se prétendait roi, il répondit " mon royaume n'est pas de ce monde ", de ce monde fait des accommodements de Pilate et d'Hérode. Il signifiait ainsi que son enseignement ne relevait pas de l'ordre politique.
Nous avons appliqué le principe de Milner, à ces textes que d'aucuns disent sacrés. Démarche laïque s'il en est. Tout ce qu'à produit, l'histoire appartient à la culture du monde, et personne, individu ou édifice social, ne peut les accaparer pour en faire un instrument de propagande, de domination ou de pouvoir.
Nous dessinons ce faisant cet aspect souvent oublié de la laïcité, celui de creuset culturel. Ce qui est vrai pour ces textes sacrés l'est aussi pour l'idée de laïcité, elle n'est la chose de personne, mais est à la charge de tous ceux et celles qui la pensent indispensable à la progression du monde.

Et cette charge, il nous faut en parler. Alors que cette laïcité est inscrite au cœur de notre loi fondamentale, nous avons vu qu'elle est menacée, grignotée. Aujourd’hui plus que jamais. Je m’abstiendrai de rappeler toutes les attaques dont elle a fait les frais par souci de ne pas donner un tour politique à mon propos. 
La laïcité est d'une essence supérieure aux combats que livrèrent avant nous ceux qui voulaient s'affranchir de l'église, parce qu'ils ne voulaient pas qu'on leur dise ce qu'ils devaient penser. La déification de tel compartiment de nos activités humaines, quand bien même elle se ferait sans langage religieux est une blessure infligée à la laïcité. Je pense à l'économie aujourd'hui, à la psychanalyse dont Julia Cristéva, écrivaine et psychanalyste, disait lors d’une conférence à Toulouse qu’elle était la gardienne de la vie spirituelle. Mais qui sait de quoi sera fait demain ?
La laïcité n'est-elle point entamée par la pratique américaine qui rêvait de breveter le gène dont on vient de découvrir la fonction ? Bien souvent il arrive que les plus beaux principes soient laissés en quelques lieux, où nous les pensions sûrs, alors qu'ils étaient bien vacants et sans maître. Jean Rostand nous rappelle bien le travail que nous devons à la laïcité, et à d'autres idéaux lorsqu'il dit " le progrès vient souvent d'un retour au dédaigné ". Non que nous ayons dédaigné la laïcité, mais plutôt que nous ne l'avons pas entretenue comme elle le méritait. Alors reprenons la où nous l'avions laissée.
Principe philosophique trop grand pour se contenter d'une définition, concept auquel on doit appliquer, -plus qu'à d'autres, cette phrase d'Hubert Reeves, " il n'y a pas de formulation qui épuise la vérité ", la laïcité est polymorphe. Elle s'enracine en des phrases, des pensées, sans que jamais son nom soit prononcé. Un metteur en scène, dont nous ne pouvons donner le nom, disait un jour, en substance, au cours d'un entretien qu'il avait accordé à France Inter " il me plaît d'écouter ce que l'autre pense, mais je ne veux pas qu'on me dise ce que je dois penser ".
Nous sommes en présence d'une autre formulation de cette liberté absolue de pensée dont nous faisons profession, qui est fille de la laïcité autant qu'elle l'enfante. Il y a entre la laïcité et la liberté absolue de pensée la même relation qu'entre Pierrot et Arlequin dans la parabole de Michel Serres prolongée. Gardons-nous bien de vouloir que nos principes ne débordent pas de la case dans laquelle nous les avons rangés, et bien au contraire, sachons les reconnaître où qu'ils se trouvent, en habit de lumière, ou bigarrés à souhait.
S'il fallait une illustration de cette vision, s'il fallait expliquer en quoi la liberté absolue de penser est de même essence que la laïcité, il nous suffirait de rappeler comment tous les régimes, tous ceux qui s'opposent à la laïcité, s'empressent de bannir le débat auquel ils préfèrent la contrainte. Gardons-nous également de déifier la liberté de penser, rien ne lui serait plus néfaste, et rappelons inlassablement qu'elle ne saurait affranchir ceux qui s'y livrent des conséquences de leurs dires et écrits, user de la liberté absolue de pensée ne veut pas dire penser n'importe quoi dans l'irresponsabilité la plus totale. Le plus grand honneur d'un homme libre est d'être responsable. Et ceci nous rappelle que la laïcité n'est pas le plus petit commun multiple sur lequel chacun peut fourbir les armes de son dogme.

Les plus belles idées, les plus beaux principes, au rang desquels nous mettons la laïcité, sont comme les fleurs, il faut les arroser pour qu'elles vivent. C'est une erreur de croire que les idées ont une vie par elles-mêmes. Qu'une fois que la société les a adoptées, elles sont gravées dans le marbre. A chaque jour, chaque instant doit correspondre une reformulation. Les idées ne vivent qu'en proportion des réflexions, dialogues, discussions et effort qu'on leur consacre. Et chaque génération doit transmettre à la suivante les idées qui lui sont chères dans un état tel que l'éternelle chaîne du récit fécondant ne s'arrête jamais. Alors oui, la laïcité sera une valeur universelle, car pour le moment elle en a l'aptitude, la vocation, mais elle ne l'est pas encore par faute de soins culturaux.

J.M

30 oct. 2009 - Jacques MAZÉRAT : « Vous critiquez toujours sans faire de proposition … »

Oui c’est vrai. Encore que … Ce n’est pas critiquer qui m’intéresse mais bien de comprendre ce qui se cache derrière chaque annonce, chaque discours, chaque présentation de telle mesure ou telle réforme, derrière chaque déclaration. La France vit une atmosphère de propagande libérale comme elle n’en avait jamais connu. La fréquence d’intervention du Président de la République, des Ministres, des Secrétaires d’Etat, des responsables de l’UMP est bien la marque de leur prétendu renouveau politique. Leur capacité à intervenir dans toutes les polémiques, à utiliser tous les faits divers dont ils peuvent amplifier la charge émotionnelle pour placer les sourates libérales est étonnante. Ceux qui dirigent la France ont des talents de propagandistes hors pair. Proférer des énormités ne les fait même pas blêmir, loin s’en faut. Ainsi lorsque Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur déclara :
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20 octobre 2009 - Jacques MAZÉRAT : "La réforme des collectivités territoriales"

Préambule

La réforme des collectivités territoriales - qui a tenu le devant de l’actualité lorsque monsieur Balladur a remis le rapport de la commission qu’il présidait sur ce sujet - va arriver devant le parlement.

L’association des régions de France a ouvert un site internet pour que le public puisse s’informer, débattre et formuler des avis. Le 23 février 2009, votre serviteur déposait une contribution intitulée « Quel avenir pour les départements ? » sur ledit site. Dans le courant de l’été, votre toujours serviteur rédigeait une nouvelle contribution non diffusée à ce jour, faisant ressortir le vrai but de cette réforme.

Ce sont là les deux textes que je vous livre pour fêter la reprise de notre blog. Je suis persuadé que le changement d’organisation territoriale a, entre autres buts, celui de nous faire changer de repères, de créer un vide dans notre culture institutionnelle. Vous savez que les tenants de l’idéologie libérale, laquelle est plus d’actualité que jamais, ont utilisé « La stratégie du choc » pour faire passer les changements contre lesquels les populations se seraient élevées s’il n’y avait eu ce choc. Noami Klein, journaliste canadienne anglophone, a tracé dans un magnifique ouvrage intitulé "La stratégie du choc", l’itinéraire des dégâts faits par cette stratégie, du Chili à l’Afrique du Sud, des pays de l’ex-URSS au sud-est asiatique.

Lorsque l’inénarrable Fillon, notre premier ministre, parlait d’« un choc de confiance », pendant la campagne électorale  des présidentielles de 2007, puis au début du règne de Nicolas Sarkozy, c’est à cette théorie qu’il se référait. Aujourd’hui la crise mondiale offre à cette majorité  les conditions qui lui manquaient. C’est pourquoi, plutôt que de s’atteler à amoindrir les effets de la crise, le Président de la République, le gouvernement, et les dirigeants de l’UMP, réaffirment presque en boucle qu’il faut continuer les réformes.

Parmi ces réformes malsaines figure celle des territoires et des collectivités territoriales qui, en plus de conformer la France à un ordre concurrentiel, bouscule les repères de la grande majorité des Français et habitants de France : "moins de repères = moins de résistance" c’est l’équation fondamentale de cette majorité.

A ceux qui douteraient de l’objectif effectivement poursuivi, je rappellerai que le changement de système d’immatriculation des véhicules à moteur que nous sommes en train de vivre, présenté comme une simplification dont on peut se demander ce qu’elle simplifie, répond à une injonction européenne qui vise à faire disparaître la référence aux départements. Quant à la concession, plus populiste que populiste, qu’a fait le gouvernement en permettant à chacun d'apposer sur son véhicule la mention du département de son choix, elle permet d'affirmer plus un lien affectif qu'un lieu d’immatriculation. En terme d’organisation spatiale cette mention ne sert à rien si ce n’est à brouiller un peu plus les cartes.

 On le verra à la lecture des deux textes qui suivent ce préambule, textes intitulés : 1 "Quel avenir pour nos départements" et 2." Réforme des collectivités : les grandes manoeuvres ont commencé..." que le changement qui s’annonce participe grandement d'un changement de régime (un universitaire dirait d'"un changement de paradigme").

La logique  concurrentielle doit s’inscrire autant dans les territoires que dans les cerveaux.
Les cerveaux du parti socialiste ont déjà été contaminés, c’est maintenant au tour des collectivités.


Lisez, réagissez, faites circuler, interpellez vos élus. Une grosse part de notre avenir va se jouer avec cette tentative de reformatage.
Saurons-nous y faire échec ?


20 octobre 2009 - Jacques MAZÉRAT : "Quel avenir pour les départements ?"

- I -

La réforme des collectivités territoriales semble avoir scellé le sort des départements avant même d'avoir été rendue publique. Il nous appartient de réagir vivement, d'être aux côtés des élus qui manifestent leur attachement aux départements. Il leur appartient de s'appuyer sur les citoyens qui sont également attachés aux départements, pour construire avec eux une véritable résistance.

Nos départements composent un maillage relativement homogène de la France. Ils représentent des entités géographiques cohérentes. On pourra discuter des limites, peut-être avec raison, encore qu'en la matière il ne doit pas y avoir de vérité. Cela reste cependant du détail, une problématique locale. Pas de quoi justifier un grand chambardement.

Dans leur configuration actuelle, ils permettent un bon rapport au territoire. Ils confèrent une bonne lisibilité au territoire national. Le découpage des départements en cantons, puis des cantons en communes facilite l’apprentissage du territoire. C'est particulièrement important pour nos enfants, et ce jusqu'à la fin de l'adolescence, voire plus.

Le rapport au territoire et à l’espace n’est pas une fantaisie. C’est quelque chose dont nous avons tous besoin, chacun à notre façon. C’est également le produit de notre histoire.
Tous les animaux, ou presque, sont territorialisés. Les hommes n’y échappent pas, mieux ils en profitent pour produire une culture, leur culture. Le cadre qu’offre la France dans sa configuration actuelle représente bien les idéaux républicains, la culture politique de la France. Il facilite l'éducation institutionnelle quand bien même elle ne bénéficie pas de la part qui devrait lui revenir.
Enfin nous devons garder à l'esprit que la relation entre la taille de la collectivité territoriale et celle des problèmes qu'elle traite comporte un optimum. Dans cette optique le département a sa place, il constitue une bonne échelle, pour l'aménagement rural par exemple. S'il venait à disparaître, nombre de problèmes auxquels il consacre des efforts seraient laissés en jachère.
Le découpage administratif et politique de la France doit être pérenne. On peut le comparer à un morceau de jazz. Pas de partition mais une grille déterminant un cadre. Ainsi chaque musicien peut faire son chorus, improviser et retrouver les autres pour jouer les parties communes ou prendre part à l’accompagnement. C’est un cadre fait pour l’improvisation à plusieurs, c’est également ce cadre dont ont besoin nos communes.
 
On objectera que la gestion des toutes petites communes devient difficile. Nous répondrons que la gestion, cette science de la pénurie, nous poussera à rechercher la taille critique, celle que nos efforts jamais récompensés nous feront atteindre demain, toujours demain. Est-ce la gestion, cette technique de la production de quantité de services, d’équipements, pour des populations toujours plus importantes qui doit nous dicter nos choix de société ? La dépopulation de certaines communes pose des problèmes à ceux qui y vivent. Je suis sûr que le cadre cantonal, sans exclusive bien sûr, mais avec l’aide du département constitue un bon niveau de rapprochement ou de fusion pour les trop petites communes. Et de toute façon la coopération intercommunale qui a des décennies d'expérience a fait montre de son efficacité.

On objectera également, comme le mit en avant le Président de la République dans une intervention télévisée, que l’empilage de niveaux territoriaux est incompréhensible. C’est  manipulatoire. Que les compétences dévolues à chacun des niveaux territoriaux lors des lois de décentralisation se chevauchent est évident. De celles qui sont impératives  à celles qui sont facultatives se dessinent des domaines d'intervention, dans lesquels œuvrent plusieurs niveaux de collectivités ; c'est améliorable. Pour autant je ne vois pas en quoi une clarification des compétences, une redistribution même, ne pourrait se faire que par bouleversement des limites et découpages ou suppressions. Je ne vois pas ce qui empêcherait que la coordination entre départements et régions amène à faire des premiers les maîtres d'ouvrage délégués des secondes. Cet argument de l'empilage des niveaux territoriaux n’est que prétexte.
Prétexte pour obliger les collectivités locales à s’inscrire dans une logique de regroupements de type concurrentiel, dans un mouvement de concentration. Prétexte pour faire émerger des managers de ces nouvelles formes de regroupements. Prétexte pour introduire une hiérarchie entre les territoires. Prétexte pour jouer à l’entreprise avec le bien public. J’entends d’ici la future parole présidentielle : « Il faut que les territoires aient un patron ! » Comme l'hôpital, comme les universités. Finalement assurer la prééminence de la logique urbaine, rejettera les territoires ruraux au second plan.
 
La gestion imposera sa raison. Elle fera des territoires ruraux des zones à investissements peu rentables, des zones de moindre importance, des territoires en état de subordination. Une fois encore la concentration, car c’est bien de cela qu’il s’agit, la concentration donc qui permet les traitements de masse des services et des personnes aspirera les fonds.
Il faut bien voir que cette logique de la croissance externe, comme on l’appelle en matière d’entreprise, ne s’embarrasse ni d’idéaux, ni de valeurs. Nous irons vers une démocratie résiduelle.
 
Une fois mise en place la réforme, si nous la laissons passer, ce sera la croissance, l’augmentation de la taille, qui sera poursuivit avec application. Elle donnera la mesure de la performance. Les magazines pourront publier un classement. N’allons pas croire que la défense des départements viserait à opposer les territoires ruraux aux territoires urbains, ou à combattre plus de coopération intercommunale
Ce que nous défendons c’est un espace de solidarité institutionnelle, un espace de péréquation sur les choses de la vie de tous les jours, un espace de citoyenneté. Ce que nous devons refuser c’est la logique du  «qui domine qui ?».
En défendant le maintien des départements, nous défendons également le droit d’Avignon d’avoir une université aussi bien traitée que celle de d’Aix-Marseille ou de Strasbourg.

Là est la grandeur du service public.
 

20 octobre 2009 - Jacques MAZÉRAT : "La réforme des collectivités : les grandes manoeuvres ont commencé..."

- II -

La réforme des collectivités, pour laquelle la commission  Balladur a rendu son rapport fin février 2009 n’a pas encore fait l’objet d’un débat politique que déjà elle inspire des grandes manœuvres.

- Le 5 février 2009, dans une lettre ouverte à messieurs Castaner, Echalon et Jeanmet-Péralta , monsieur Philipponneau, alors maire de Sainte–Tulle, manifestait son étonnement de voir sa commune, et la communauté de communes à laquelle elle appartient, englobées dans une étude ayant pour objet la future communauté d’agglomération, sans même qu’il ait été informé, encore moins consulté.
- Le vendredi 22 mai 2009, la Provence publiait un article intitulé « Le projet du Grand Marseille fait grimacer Aix et Arles ». Il s’agit, pour son promoteur Renaud Muselier, de mettre toutes les communes autour de Marseille, de Toulon à Avignon, en passant par Arles sous l’autorité de Marseille, et de récupérer le projet ITER.
- Le 1er juillet 2009, La Provence informe ses lecteurs ainsi : « INTERCOMMUNALITÉ/ La CCLDV  étend encore son territoire, accueillant 1200 habitants de plus » Précisant que, s’il ne s’agissait bien que d’une étude, cela constituait quand même la première démarche commune de ces deux  entités territoriales distinctes. Le projet du grand Marseille, auquel le président Sarkozy apporte son soutien, a sans doute poussé des communes dans les bras du maire de Manosque.
- Monsieur Estrosi, maire de Nice, ministre de l’industrie, déclare vouloir transformer les Alpes Maritimes en métropole niçoise, effaçant ainsi tout le département des Alpes Maritimes derrière son futur domaine.
- Enfin le 7 septembre 2009 un article publié par La Provence, intitulé « développer l’arrière pays et créer une grande communauté » rapportait les propos de Jean-Paul Déo, président de la chambre de commerce et d’industrie des Alpes de Haute Provence invité de Christophe Castaner. Dans cet article, le contenu n’a rien à voir avec le titre, et seul ce dernier est important. Il signifie, à l’adresse des chefs d’entreprises et commerçants que Christophe Castaner, maire de Forcalquier et vice-président du conseil régional est favorable à la création de la communauté d’agglomération qui fera de Manosque la première agglomération du département. Il signifie également que Christophe Castaner rentrera dans la bagarre pour barrer la route à Renaud Muselier, et subséquemment s’affirmer comme leader politique des Alpes de Haute Provence.
Enfin les élus vont pouvoir, grâce à la réforme des collectivités territoriales, se disputer des territoires.
 
Homme de Gauche, je n’arrive pas à concevoir qu’un esprit sain puisse remettre au goût du jour les conquêtes territoriales. Que la modernité libérale est archaïque !
 
 
1 - Décryptage

La réforme des collectivités locales à trois objectifs implicites masqués par des objectifs explicites. Pour faire simple, il y a les buts effectivement poursuivis et les arguments pour le débat et la communication. Ce sont les premiers qui nous intéressent au plus haut point, ce sont eux qui pèseront sur nous.
 
Le premier objectif est la concentration des pouvoirs
Les grosses communes doivent avoir autorité sur les petites qui sont vouées à disparaître. Les territoires urbains doivent avoir autorité sur les territoires ruraux que l’idéologie malsaine du marché triomphant rend secondaires, puisqu’il suffit d’aller acheter ailleurs, quelque soit l’éloignement de cet ailleurs, ce que ne produisent plus nos territoires . Le président Sarkozy, soutenu par une bonne partie de ceux qui se comptent parmi les élites, veut un espace hiérarchisé. La concentration des pouvoirs répond bien à cette vision contraire à l’essence même de la démocratie.
Pour le futur contrat d’agglomération,  dont le point de départ est la CCLVD, c’est le maire de Manosque qui mène la danse, c’est dans l’esprit de la future loi, c’est la commune dominante. Pour Nice, on constate que c’est la ville qui absorbera le département qui était l’institution territoriale de rang supérieur. C’est monsieur Estrosi qui mène la danse ! C’est également la commune dominante, mais mieux encore en matière de concentration des pouvoirs, monsieur Estrosi est Ministre, maire, président de la communauté urbaine Nice Côte d’Azur, au demeurant ami personnel du président de la république. Pour Le Grand Marseille, c’est Renaud Muselier  qui prend l’initiative, soutenu par le président de la république. Jean-Claude Gaudin n’a ni l’énergie ni l’ambition voulue pour prendre la tête d’un projet conquérant, ce n’est plus de son âge. La concentration des pouvoirs sélectionne les plus agressifs, très certainement un grand pas dans l’ordre de la civilisation.
 
Le second est la professionnalisation des fonctions électives
Elle existait déjà. Les hommes et femmes de bonne volonté la réprouvent. C’est en son nom, tût il va de soit, que le cumul des mandats est le sport préféré des hommes politiques. Les électeurs seraient favorables à une limitation dans le temps et dans l’espace du nombre de mandats électifs, malgré cela, les élus ne trouvent pas de solution. Tout se passe pour un ténor de la politique comme si la maîtrise de son électorat passait par la main mise sur plusieurs fonctions électives. Un proverbe africain nous enseigne qu’il ne faut jamais deux caïmans dans le même marigot. Les grands élus  le savent bien. Non content de savoir que la tendance, naturelle si je puis dire, va dans le sens contraire au souhait des électeurs, la réforme compte réduire le nombre d’élus. Les futurs conseillers territoriaux, rempliront les mandats de conseillers généraux et conseillers régionaux. De cet objectif le président ne fait pas mystère, il réaffirme régulièrement qu’il réduira le nombre d’élus, car cela coûte trop cher à l’Etat. Pour tous les hommes et femmes de Gauche, c’est une chance que de nombreuses personnes puissent avoir une expérience d’élu. C’est un terreau pour faire pousser la démocratie. Cela confère aux classes moyennes et aux anonymes une capacité à comprendre et à défendre la société et leur vision politique, ce dont, très certainement, monsieur Balladur, Sarkozy, ainsi que tous les membres du comité qui ont travaillé sur cette réforme se moquent éperdument et même qu’ils veulent soigneusement éviter.
 
Le troisième objectif est la compétitivité
Là aussi il n’y a pas de lézard. Monsieur Balladur l’a consciencieusement affirmé dans un entretien qu’il a accordé à Libération, publié le 9 mars 2009. Il s’exprime ainsi : « si l’on veut affirmer [le rôle des métropoles] dans la compétition internationale, il faudra bien revoir le rôle des communes qui en sont membres. »
Initialement conçus comme des représentations et présences locales des institutions de la République, la commune et le département deviennent les nouveaux champs de la compétition internationale. C’est profondément contraire à l’intérêt général. On objectera que la compétition entre les grandes villes existe déjà, pour autant faut-il en faire le principe majeur de l’organisation territoriale ? Il y a le même talent pour un homme politique à pousser dans le sens de toujours plus de compétition, cette espèce de bagarre sans horizon, que pour un coureur cycliste de ne savoir pédaler que dans la descente.
  
2 - Mais d’où viennent leurs idées ?
 
Rendons justice à la commission Balladur. Sa production propre est maigre à souhait. Le fond de son travail est emprunté aux travaux de la commission européenne, et à quelques travaux déjà publiés. Ainsi le Schéma de Développement de l’Espace Communautaire, rapport produit par la commission européenne, se prononçait en 1999 pour un rôle accru des métropoles européennes indépendamment de celui des Etats, quand bien même l’aménagement du territoire ne relevait pas de sa compétence. Pour arriver à ses fins, la commission européenne s’appuie sur les fonds structurels. C’est l’objectif 2 du programme dit des « Orientations Stratégiques Communautaires » pour la période 2007-2013. Il est également emprunté au rapport 2008 de l’Observatoire des Territoires, produit par la Délégation Interministérielle à l’Aménagement et à la Compétitivité des Territoires (DIACT). On peut dire qu’il y a longtemps que les carottes sont cuites, mais c’est maintenant qu’on nous les sert, enrobées de prétextes poisseux qui montrent le peu d’estime que les dirigeants portent au peuple.
  
La patte de Sarkozy
La composition du comité est certainement signée Nicolas Sarkozy. Elle abrite 5 hommes politiques, dont deux membres du PS, monsieur Mauroy  et monsieur Vallini . Ces cinq personnages sont tous des professionnels de la politique. Difficile d’imaginer qu’ils s’opposeraient au renforcement de ce professionnalisme. Quant à nos deux membres du PS, on est en droit de se demander qu’est-ce qui les retient à gauche, car s’ils en étaient ils n’auraient pas servi dans une commission qui instaure le paradigme de la compétitivité comme principe majeur. Voilà à quoi excelle Nicolas Sarkozy, enseigner à tous qu’au PS, beaucoup ne sont plus de gauche.
 
3 - Tout le monde au combat !
 
La conjugaison de la concentration des pouvoirs, de la professionnalisation des fonctions électives et de la compétitivité des territoires va amener à faire émerger des  « patrons ». Enfin les métropoles et les régions auront un patron. Dans cette lutte pour tenir le manche, les plus agressifs, les moins gênés par la morale ont un avantage certain. Ce ne sont pas ceux qui ont fait voter le bouclier fiscal qui s’en plaindront L’accumulation immodérée de biens et d’argent est au cœur de leur motivation. Ambition, avidité, combativité, orgueil, agressivité, sens de la stratégie seront les critères qui feront émerger les patrons. Cette logique va sélectionner les hommes politiques les plus agressifs. L’humanisme, la culture, l’altruisme, l’entraide, le sens de la chose publique, tout ce qui a fondé notre marche singulière dans le maquis des civilisations, tout ce qui nous a fait républicains à nul autre pareil, imparfaits et amendables certes, mais laïques et républicains, sera remisé au magasin des accessoires pour faire place à la bagarre, encore la bagarre. C’est la guerre économique qui l’exige !
 
 
Amis lecteurs, électeurs même, sachez que la guerre économique, qui est d’abord une guerre civile, valorise les généraux et consomme des travailleurs.
Invitons-nous au tour de table, participons au débat, interpellons nos élus, disons-leur que nous ne sommes pas dupes, défendons-nous, c’est de notre avenir qu’il s’agit !

 

6 mai 2009 - GREGORIO : Fauteurs de crise !

Crise de système, ou crise systémique, lit-on souvent, sans que soient fournis explications ou éclairages sur ce fameux caractère systémique. Pire. Bien souvent les propos suivant ce genre d’affirmation pointent un ou deux facteurs qui porteraient la responsabilité de la crise.
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27 mars 09 - GREGORIO : La Crise, le Scorpion et la Grenouille

PARABOLE

Décidément, il n’y a pas un jour sans que les rémunérations des grands patrons[1] sous leurs formes les plus choquantes, ne soulèvent l’indignation de la population. Très attentifs à ne pas laisser monter la colère du peuple, le président de la république, les ministres, les ténors de la majorité et les représentants du MEDEF s’indignent avec une spontanéité calculée, jurant qu’ils vont y mettre bon ordre, mais sans contrainte. Il ne faut fâcher personne. → plus

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3 déc. 2008 - GREGORIO : "Le temps de la revanche"

Avez-vous vu cette coupure de presse ("Dordogne libre" du 27 mai 2008) ?
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28 Oct. 2008 - GREGORIO : "De la crise et de ceux qui s’en font une tenue d’apparat."

 
Il est temps de revenir au clavier. Les jours qui viennent de passer, ce mois d’octobre en quelque sorte, ne m’ont pas laissé le loisir d’écrire. La crise financière fait obstacle à la vente de la moitié de mon terrain, ce qui déséquilibre notre plan de financement, et la jeune architecte que j’avais choisie pour assurer la maîtrise d’œuvre de notre maison renonce au bout de 3 mois pour raison de santé.
Hugh ! Les nuages s’amoncèlent au dessus de nos têtes, ils ne sont pas encore trop noirs, mais d’autres se profilent à l’horizon plus noirs, plus grands. Menaçant des milliers de têtes. C’est de ceux-ci que je voudrais vous entretenir.
 
Gigoter n’est pas gouverner.
Les déclarations de Nicozy Sarkola n’ont pas l’heur de plaire aux marchés. Comme je les comprends ! Après tout le mal qu’il en a dit, il ne pouvait pas s’attendre à une manifestation de reconnaissance. Occuper le terrain, quand bien même cela ne sert pas à grand-chose est le nouvel art de gouverner.
Dans la magie vaudou, les manifestations attribuées aux esprits tels que bruits ou mouvements dans les branches, les images ou statues qui les représentent s’échelonnent et remplissent les forêts sacrées. S’il n’y en avait qu’une ou deux, des unes comme des autres, on pourrait croire à une imposture, à quelques faux semblants mal combinés, mais devant tant de manifestations concordantes on ne peut que se résigner, ce sont bien des esprits qu’il s’agit. Personne, hormis quelques initiés, tant hommes que femmes, les Houngan et Mambo, ne pénètre, que dis-je ne s’aventure, dans la forêt sacrée. La présence charnelle chasse les esprits. Dans la France, sa forêt sacrée, Nicozy Sarkola est partout en chaire et en os. Là aussi la présence chasse l’esprit. Je ne sais comment un Houngan dirait « gigoter n’est pas gouverner[1] », je suis cependant certain qu’il a une formulation imagée pour dire la même chose.
 
Le retour de l’Etat ?
Dans un vaste mouvement d’ensemble, journalistes et chroniqueurs, pas tous bien sûr, seule la poignée qui tient les plumes, caméras et micros quotidiens, s’amuse des mesures présentées par Nicozy Sarkola et ses adjoints, invoquant le retour des interventions de l’Etat que le monde libéral chasse avec application depuis des années, en profond accord avec le « consensus de Washington[2] ». Ils raillent le retour de la main de l’Etat dans l’économie. Erreur, terrible erreur messieurs et mesdames les éditorialistes et gazetiers, la main de l’Etat n’a jamais lâché celle du marché. S’il multiplie et concentre la monnaie sur quelques places et institutions mondiales au détriment du plus grand nombre, c’est bien parce que la main de chacun des plus grands Etats a transformé le systèmes financier international en vaste monopoly planétaire. Les grands argentiers qui nous ont conduits à la situation que nous vivons ne doivent la leur, l’enrichissement immodéré dont ils ont bénéficié, qu’à la protection que « la main de l’Etat » leur prodigue. Lorsque Nicozy Sarkola annonce que l’Etat va prêter de l’argent aux banques ce n’est pas de la mainmise de l’Etat sur les banques qu'il s’agit, mais bien d’un transfert d’un bien public coûteux vers le privé. Que quelques adjoints, fiers de leur rôle de seconds couteaux, déclarent que le coût sera nul pour l’Etat, mieux encore qu’il y gagnera grâce aux intérêts ne change rien, puisque c’est mensonger au regard des dispositions techniques retenues pour cette intervention de l’Etat. Le Monde du 25 octobre, sous la plume de Christophe Jakubyszyn, a signalé le problème dans un article intitulé l’Horreur économique de M. Sarkozy : « …[pour les] 10 milliards d'euros de quasi-fonds propres [attribués] aux principales banques françaises. Contrairement au Royaume-Uni, qui ne peut pourtant pas être taxé d'étatisme, la France a renoncé à ses prérogatives d'actionnaire, en réinventant à cette occasion les titres subordonnés[3]. Très écouté par M. Sarkozy, Michel Pébereau, président de la BNP, n'est certainement pas étranger à ce montage juridique et financier astucieux qui prive l'Etat d'une place au conseil d'administration des banques et d'une option sur des plus-values futures. » Les informations nous ont appris que certaines communes se trouvent en difficulté pour avoir souscrit des prêts variables ,dont la complexité technique avait masqué le caractère éminemment risqué. Il en sera de même pour beaucoup des apports en quasi-fonds propres aux banques ; élus et citoyens auront approuvé, sans rien en comprendre, des mesures qui spolient l’Etat et piétinent l’intérêt général. L’exécutif, fidèle à sa logique, passe la main au lieu de la reprendre. Il est profondément choquant que ceux qui ont pour mission de voir clair quand le paysage est brouillé fassent montre d’une telle cécité. Sans honte de l’avouer, j’en veux à ces journalistes que je désignais en tête de paragraphe. Heureusement que de temps en temps ceux qui travaillent avec leur cœur, leurs tripes et leur clavier arrivent à se faire entendre. J’en veux également à ceux des élus que j’entends régulièrement sur les ondes, ou dont je lis les propos dans la presse, ceux-là même qui se sont fait une spécialité de pourfendre les fauteurs de dette publique que sont les petites gens. Ce montage, dans sa nature profonde est tellement contraire à ce que présente Nicozy Sarkola et ses sbires, qu’il aurait dû faire naître une levée de boucliers. C’est étonnant que dans une société dont les élites, leaders et médiateurs ont en permanence à la bouche les termes d’éthique, de valeur et de morale, on assiste à la généralisation des nouvelles formes de complicité, par méconnaissance, insignifiance, veulerie ou tacite approbation.
 
Quand le marché défaille c’est quand même le marché qui a raison.
Notre inénarrable Nicozy Sarkola en « réinventant » les emplois aidés qu’il avait supprimés par action ou par solidarité gouvernementale, dans les années précédentes. Je suis sûr que ce n’est pas la bonne mesure, et ce n’est parce que les gouvernements de gauche l’avait fait que la pertinence du dispositif est établie. Si, comme je l’entends, il s’agissait de refaire du keynésianisme, ce que je pense nécessaire, c’est plutôt d’un programme ambitieux d’investissements publics dont nous aurions besoin. Il serait plus intéressant que l’argent public serve à créer des équipements publics d’envergure, cela ferait des marchés pour les entreprises, des emplois pour les salariés, des améliorations pour l’avenir et de la richesse fiscale pour tout de suite. Nous avons un manque crucial de logements à coût modéré, voilà qui serait pertinent. Nous sommes tous convaincus de la nécessité de développer les transports en commun peu énergivores, quelle occasion de presser le pas. Je pense que les régions ont toute des projets structurants en mal de financements, quelle occasion de faire redémarrer la machine. Ce serait préparer la sortie de crise avec un optimisme dérangeant. Vous avez, comme moi, entendu dire qu’il fallait restaurer la confiance, voilà quelque chose qui serait digne de la confiance. Rien de tout cela, simplement parce que dans le nouveau paradigme économique, que rien n’entamera, quoique cherche à nous faire croire Nicozy Sarkola, les grands investissements sont la chasse gardée de ceux qui ont accumulé du capital en profitant de la dérégulation dont nous goûtons les résultats. Pourtant tout le monde sait que la crise est désorganisatrice et que le seul signe qui vaille pour soutenir ceux qui souffrent de la désorganisation serait d’investir dans les domaines qui renforcerait notre organisation ou celle de l’Europe. Mieux pour qu’un état soit régulateur, il faut qu’il produise de l’organisation, celle justement que détruit le marché. Dans ce domaine c’est exactement le contraire qui est fait, partout dans le monde. 

Occuper le terrain, paraître, encore paraître.
En France et en Europe Nicozy Sarkola endosse la cape de superman alors qu'il utilise la crise pour jouer quelques coups supplémentaires.

Quand nous réveillerons nous ?


1 - Nous sommes nombreux en France à voir l’agitation et l’écran de fumée qu’elle représente. Visitez les blogs qui informent pour de vrai :
http://lajustice.blogs.liberation.fr/barella/2008/10/nicolas-sarkozy.html

2 - Consensus de Washington
Le "consensus de Washington" tire son nom d'un article de l'économiste John Williamson, qui a défini, en 1989, dix recommandations, notamment en direction de l'Amérique latine :
- Discipline budgétaire
- Réorientation de la dépense publique
- Réforme fiscale
- Libéralisation financière
- Adoption d'un taux de change unique et compétitif
- Libéralisation des échanges
- Elimination des barrières à l'investissement direct étranger
- Privatisation des entreprises publiques
- Dérégulation des marchés
- Prise en compte des droits de propriété
La Banque mondiale et le FMI ont ensuite décidé de subordonner leurs prêts à l'adoption de politiques inspirées de ces thèses.
Voire également : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=856 ,
http://lipietz.net/spip.php?breve299

3 - Les titres subordonnés à durée indéterminée (TSDI)
Ce sont des titres de créance perpétuels dont le capital n'est en théorie jamais remboursé et dont le paiement des intérêts peut être reporté si aucun dividende n'est alloué aux actionnaires.
     Les titres subordonnés remboursables (TSR)
Ce sont des titres comparables aux TSDI à la différence que le contrat d'émission prévoit le remboursement. Pour ces derniers le remboursement présente la particularité d’être défiscalisé, c’est-à-dire que la banque qui remboursera les titres prêtés par l’Etat déduira le montant de ces remboursements de son chiffre d’affaire. Une aubaine fiscale de taille pour la banque, une perte de richesse fiscale pour l’Etat.



18/09/08 - Grégorio : "EDVIGE et la CIMADE"

 

Edvige. Un prénom si joli. Le détournement qu’en a fait la bande à Nicozy Sarkola va nous le rendre odieux.. C’est un fichier de personnes, « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public » qui a été baptisé ainsi. Y rentreront, sur des critères de suspicion propres aux forces de l’ordre, toutes les personnes, y compris les enfants à partir de 13 ans.


En premier lieu vous remarquerez avec moi que le fait d’être soupçonné constitue un délit, pas pour celui qui soupçonne mais bien pour celui qui est soupçonné. C’est bien d’un délit qu’il s’agit puisque cela justifie une mesure de police dont on ne peut pas sortir. C’est un basculement fondamental du droit, à tel point que ce n’est plus de droit qu’il s’agit mais de mesures autoritaires. La rhétorique sécuritaire grignote les principes démocratiques sur les bords, réduisant peu à peu la surface de nos idéaux.


En second lieu je suis de plus en plus persuadé qu’un pays qui fait la « guerre » à ses enfants est un pays de vieux cons. Je ne nie pas la délinquance des mineurs, je ne suis pas partisan d’une absence de punition. Chaque personne, à tous les âges de sa vie, a une part incompressible de responsabilité, la liberté est à ce prix. Pour autant, punir sans considérer que le comportement des enfants est un produit de la société, et qu’une société violente produit de la violence, n’amènera aucune amélioration. Pire, cela ouvrira un boulevard aux individus chargés de pensées brunes qui trouveront là l’occasion de donner libre court, au nom de l’intérêt général, à leur plaisir de faire souffrir. Savent-ils tous ces partisans de la cravache que le proverbe latin dont parents et professeurs nous ont rebattu les oreilles, « qui bene amat, bene castigat », ne veut pas dire comme on nous le disait « je te punie parce que je t’aime bien », mais au contraire seul est apte à punir celui qui aime bien. Il y a pourtant mille façons éducatives de punir les faits de délinquance, mille façons porteuses d’avenir. Cette volonté d’y tourner le dos est tout bonnement stupide et méchante. Rien dans les mesures de police, fichiers et instituts d’éducation fermés, rien dans les déclarations publiques de Sarkola et sa bande ne va dans le bon sens.


Pire, le fichage à partir de 13 ans, reprend de façon sournoise cette idée plus brune que brune qui consistait à dire qu’on pouvait découvrir chez les tous petits les signes d’une futur délinquance. Il suffira d’avancer d’un an l’âge du fichage au premier fait divers mettant en cause un mineur de 12 ans. Un peu comme on avait mis en garde à vu ce gamin, de 8 ou 10 ans je crois, soupçonné d’avoir tué un autre gamin au cours d’une bagarre de cours d’école, jusqu’à ce que l’autopsie du gamin décédé révèle que la bagarre n’y était pour rien. Pour faire un raccourci on peut dire qu’avait germé, dans la tête de nos dirigeants, l’idée qu’il y avait des êtres mal nés que la société devaient dépister le plus tôt possible au nom de la sécurité publique. Et tout ça en poussant des cris d’orfraie au son de « encore la violence ! »

Quant aux jeunes pris dans ce tourbillon de la loi de la jungle, qui préfèrent le risque même élevé à la résignation, c’est bien à la société de leur ouvrir un autre avenir. J’ai toujours pensé que les enfants sont capables de supporter les contraintes de l’éducation, de la discipline et de l’éducation à condition qu’ils puissent rêver leur futur.

 

Il y a derrière tout ça une effroyable dynamique de contrôle de la population. L’outil informatique ouvre de telles perspectives que le rêve d’un fichier contenant toute la population française ne sera pas éteint.

 

 

Dans le même temps, le ministre de l’immigration a inventé la machine à faire taire la CIMADE. Celle-ci a depuis longtemps consacré son énergie, son talent, l’engagement de ses salariés et la bonne volonté de ses bénévoles à l’aide au populations d’origine étrangère. A ce titre elle intervenait dans les centres de rétention administrative. Forte de la connaissance intime qu’elle avait de ces centres elle publiait chaque année un rapport sérieux documenté et digne de foi sur leur fonctionnement. Et ces rapports étaient lus, en France et à l’étranger. Ils constituaient un témoignage redoutable que reprenaient plusieurs institutions internationales pour établir leur classement des pays en matière de respect des droits de l’homme. La CIMADE était devenue un contre-pouvoir redouté du gouvernement. Dorénavant le travail d’assistance aux étrangers retenus fera l’objet d’un appel d’offre à l’intention des associations. Celles qui seront retenues devront prendre un engagement de discrétion. Elles n’auront pas le droit de dévoiler ce qu’elles auront eu à connaître dans le cadre de leur mission. Fini le contre-pouvoir. Désormais ce sera le ministre de l’immigration qui fera le rapport sur le fonctionnement des centres de rétention. Vous verrez, tout ira bien. Et la CIMADE sera sous contrôle.

 

 

Car voilà le projet, tenir la population sous contrôle. Chaque mesure est la pièce d’un puzzle qui commence à se dessiner. C’est tellement vrai que Nicozy Sarkola s’applique toujours, avec talent il faut le reconnaître, à séparer les différentes mesures qu’il annonce. Jamais de tableau global, jamais de projet autre que réformer, améliorer. Tout est bon pour éviter les rapprochements. Construire l’appareil de contrôle sans que le plus grand nombre s’en rende compte. C’est cela l’essence de sa politique.

 

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