Photographie aérienne de Florence Paulus

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CLÉMENT : Vieil amour

Pour une saint-Valentin de plus...


Ma présente heure te voue
(pleine d'amour et de calme,
posée sur sol bancal, me
demandant que je l'avoue),
 
un engagement certain,
puisé au fond de racines
à la sève rassise, ne
supportant plus faux entrain
 
ni parfum de bergamote.
Sauf si, disant ces mots, te
trouves plongée dans un bief
 
cerné d'écluses rouillées,
où, pleurant, tu me fais grief
de les tenir verrouillées.

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CLÉMENT : Sidération

Aujourd'hui son sourire étrange,
soleil enfin,
initie Clément au mystère des émois marginaux
dont il ne connaît que le récit prolixe et pauvre.

Accès dérobé d'un couloir,
vermeil soudain,
le regard, timidement noyé dans le halo
d'une lumière verticale, s'incline vers le sol.

Où lui,
rivé à la paroi,
pareil à la statue
aux yeux mobiles
du château
de la Bête,
assiste
sidéré
à ce qui serait si...


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CLÉMENT : Chien Nono

Nono-Conno

 

Frisson de lave
explosif
Gorgeon de bave
corrosif
Pan sur le pif !
 
Fouille la couette
sur mon dos
Tire la manche
du polo
Nono-conno !


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CLAUDIO : Balade au fil des signes


Quand j’écris, comme en ce moment sans rime qui résonne
et sans raison raisonnable… dites-le moi, à quoi ça rime ?
Les mots écrits laissent des traces… noires sur fond blanc,
pareilles à ces chiures de mouches sur l’abat-jour conique de tôle émaillée
qui enrobait dans un halo hors du temps les longues veillées d’autrefois…
Dans la maison abandonnée, stigmates d’une vie passée ces chiures
où je peux lire quelques instants fugaces des paradis perdus de l’enfance…

Fantastique de pouvoir lire… Ils savent lire depuis toujours les hommes !
Lire pour survivre, lire la trace du bison aux cornes courtes
ou l’empreinte du Mérens barbichu broutant encore dans nos vallées…
Lire pour manger, lire pour ne pas être lacéré, en fuyant la caverne
où l’ours inscrit sur l’argile ses paraphes griffus…
Lire dans le vol oblique des oiseaux noirs glissant au ciel d’automne
les bons et les mauvais augures qui orientent et scellent notre destin…

À quoi ça rime de prédire notre destinée dans l’infini du temps et de l’espace ?
À rien sans doute, telle la chiure de mouche sur l’abat-jour de tôle émaillée…
Angoisse du vide… angoisse du néant, détresse devant le hasard…
Alors je lis mon destin dans le ciel, dans la marche lente des étoiles
immuablement renouvelée, et aussi dans le temps des saisons
qui reviennent, et du soleil et de la lune et des fêtes du calendrier…
La fatalité des rythmes de la nature assure la quiétude de mon avenir…

Sécurité d’une vie toujours recommencée chaque heure, chaque jour,
chaque mois, chaque année, chaque siècle… jusqu’à l’infini
des temps cosmiques… à la poursuite d’un absolu qui se dérobe,
d’un mirage fuyant, parfois effleuré du bout des doigts, bras tendus,
jamais atteint… Révolte des hommes : changer le cours des choses
qui nous échappent, commander aux auspices, les asservir… et par là-même
devenir les maîtres de nos douteuses et improbables destinées…

Emprise pour les plus malins des bipèdes qui ont su apprivoiser les augures,
les asservir ; d’abord par la parole rituelle insistante. Parole féconde
qui, « engendre le monde des germes du chaos… » comme le disait Lamartine !
Mais qui, hélas s’envole, se dissout… et que pour maîtriser il faut fixer, écrire…
Écrire les blessures par les flèches de ces bisons de la grotte de Niaux,
ou la vision de ce cheval de Lascaux jaillissant des profondeurs terrestres
ou des aurochs… afflux de ces êtres envoûtés par ces traits gravés sur la pierre…

Riment entre elles ces figures, les têtes des cerfs traversant la rivière,
les cent et plus mammouths de Rouffignac… et ces points rouges, réguliers, itératifs
un peu partout : Niaux, Pech-merle, El Castillo… Rythmes du temps, rimes de la vie
ou … ? On ne sait… mais nécessaires pour que l’homme soit apaisé par ces actes
renouvelés, traduits par des points rouges : il y a plus de quatre - cents siècles
nos lointains ancêtres utilisaient des points et des traits, des signes arbitraires
qui rimaient avec les choses de la vie, … écriture première, originelle !

Elle apaise l’écriture ? Pas si sûr : la jeune chinoise,  Cang Jie, pleurait
chaque nuit… à cause du drame par elle engendré : elle venait d’inventer l’écriture.
Il y avait de quoi : l’écriture attache le temps, arrête le courant de la vie…
une forme de mort que cette chose qui donne corps aux fantasmes
de toute puissance et de domination des tyrans : ils gravent leurs mirages et leurs
obsessions dans des livres qui deviennent des « grands livres »… universels !
Comme la Thora, la Bible, le Coran et encore le Code Civil… qui, de gré ou de force,
asservissent la multitude à la parole écrite de démiurges chimériques …

Mais  naissance aussi l’écriture … Pour Paul-Louis Courier, les premiers mots
tracés par les opprimés lorsqu’ils surent peindre la parole, fixer la voix fugitive
furent « liberté, loi, droit, équité, raison »… signifiant pour tous la possibilité d’être,
D’ex-sister, de discerner les servitudes… Miroir pérenne de l’éphémère
il en est de l’écriture comme des langues d’Ésope : la meilleure des choses
quand elle engendre la vie, la pire lorsqu’elle génère la mort…
Une fois encore, essayer d’asservir la marche inexorable du temps…
Tentative absurde et sublime de dominer le cours de nos vies improbables.

À quoi ça rime d’écrire sans rime qui chante et qui résonne
et sans raison raisonnable ? À rien peut-être… ou alors à ce petit quelque chose
mystérieux et fugace : l’écriture arrête la marche insaisissable du temps,
crée  le miroir qu’une seconde d’exaltation ou de folie me permet de traverser,
et me confronte à une face inconnue et utopique de moi-même…
Fulgurante révélation, jamais dépassée, de l’intuition du vieux Socrate :
« Connais-toi toi-même et tu partageras le secret des dieux ».
Fulgurante intuition, depuis vingt-cinq siècles, toujours aussi vraie…

Socrate se connaissait et donc partageait le secret des Dieux 
sans jamais arrêter le temps, sans qu’il ait jamais aliéné son message
à la contrainte pétrifiée de l’écriture… Socrate n’a jamais rien écrit.
Qui suis-je? Comment me connaître ? D’abord par un autodafé! Je brûle les écrits
dogmatiques qui tuent la vie, arrêtent le temps… Puis je polis les miroirs qui
réfléchissent mes pensées, je bâtis des frontons sur lesquels elles rebondissent,
je tisse les fils de mes idées à travers les écrits, des écrits errants, des écrits
instables… reflets de l’air du temps, cascades du voyage effréné de la vie…

Malgré ces miroirs et ces échos  qui se renvoient se répercutent, interfèrent
je ne sais pas si je partage le secret des Dieux…mais je sens que ça vient ;
je m’en approche ;  je l’entrevois demain peut-être… ou dans un moment…
et peut-être dès cet instant même … Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ?
C’est en moi que sont les Dieux… c’est une évidence : les secrets des Dieux
je les partage, puisque les Dieux je les crée et les recrée : ils sont en moi…
En fin de compte… Dieu… c’est moi…! Chacun est Dieu… Angoissante solitude !
« Connais-toi, toi-même… » Il avait raison Socrate…




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CLAODA DE PAODURA : Complainte sublime des nains de jardin

  
Au bal des vampires
La lune attire
Les Nains de jardin.
Exhibent leurs chibres
D’énormes calibres
En mal de câlins.

Tous les amours frivoles
Ont funestes destins
Suivons la farandole
Plaignons les pauvres nains

 
Belles vampiresses
Dénudent leurs fesses
Dévoilent leurs seins.
Alors tonne l’ire
Du roi des vampires :
« Bande de catins,
 
« Au pays des striges
« Jamais on n’attige
« Des ersatz d’humains.
« Que dents vampirites
« Sectionnent leurs bites
« Et pompez le raisin… »

Tous les amours frivoles
Ont funestes destins
Garons nos roubignoles
Plaignons les pauvres nains

 
Ainsi se fomentent
Des pipes sanglantes
Sur les pauvres nains.
Perdent leurs quéquettes
Dont font des brochettes
Les gais vampiriens.
 
Dans poêles rissolent
Belles roubignoles
Des tristes lutins.
Lugubre tornade
C’est la débandade
De nos baladins.
 
Tous les  amours frivoles
Ont funestes destins
Que leur sort nous désole
Plaignons les pauvres nains

 
Depuis ces fredaines
Entre leurs deux aînes
Il n’y a plus rien.
Point ne nous épate
L’entre-jambe plate
Des gnomes sereins.
 
Ce sabbat frivole
A pris pour symbole
Un bonnet phallien
Dont le rouge hante
Les traces sanglantes
Du bal vampirien

Tous les amours frivoles
Ont funestes destins
Que nos psaumes s’envolent
Plaignons les pauvres nains

 
Au sceau de l’aurore
Tous nos nains arborent
Leur morion carmin
Pendant que les naines
Le sexe hors d’haleine
Rallient les non-nains
 
Ne sont pas farouches
Partagent leurs couches
Et leurs jeux coquins
Tant que nains fidèles
Sans qu’ils se les gèlent
Gardent nos jardins.
 
Tous les amours frivoles
Ont funestes destins
Lorsqu’ les naines cajolent
Plaignons les pauvres nains

 
Vive donc la horde
Qui tant nous accorde
Des liliputiens.
Faut pas qu’on méprise
Mais que l’on courtise
Les nains de jardin
 
Et qu’en grande pompe
On sonne les trompes
En un grand festin
Faut qu’on se le dise
Et que l’on nobellise
L’empereur des nains.
 
Tous les amours frivoles
Ont funestes destins
Faut que l’on auréole
Tous nos frères les nains

Faut que l’on auréole
Nos petits frères les nains…(bis)


 

CLAODA DE PAODURA : Hélène

Hélène

Il ne faut s‘esbaudir disoient les bons vieillars,
Dessus le mur troyen voyant passer Hélène
Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine :
Nostre mort ne vaut pas un seul de ses regars

Pierre de Ronsard

Vingt-cinq siècles plus tard, j’ai retrouvé Hélène
En hôtesse d’accueil au camping de la mer ;
Moi parmi les vieillards aux regards fort obscènes
En suis resté pantois, figé par le mystère.

Hélène parmi nous et encore plus belle,
Le regard abîmé aux lointains horizons
D’une mer infinie dont la vague étincelle…
Tellement loin de nous, sinistres avortons !

Mais les temps ont changé oh belle souveraine,
Les croulants aujourd’hui refusent de mourir
Pour les yeux arrogants d’une figure hautaine :
Puisqu’il nous faut mourir que ce soit de plaisir

Partageant votre couche en des ébats salaces
Où hideur et beauté intimement mêlées,
Créeront une œuvre d’art où triomphe l’audace…
C’est tout de même grand de mourir en beauté !

Claoda de Paodura

GREGORIO : Pour Claudio

Cher Claudio

J'avais écrit ce poème il y a quelques années, en guise de présentation d'une conférence sur le sens de la vie. Lorsque tu as  intitulé ta rubrique, je voulais t'offrir ce poème. Hélas, pas moyen de mettre la main dessus. Il s'était caché dans les entrailles de mon ordinateur. Aujourd'hui, je l'ai retrouvé.

LE SUJET
 
Deux passants
 
Le 1er        - Dans quel sens allez-vous ?
Le 2ème           - Là-bas vers le sens unique
- Vous croyez que c’est le bon sens ?
- Il est moins encombré, on avance plus vite.
- Mais au bout ?
- Il est long, j’ai du chemin à faire.
- Vous êtes sûr que c’est le bon sens ?
- Ce qu’il faut c’est avancer
- Vous l’avez choisi tout seul ?
- On me l’a indiqué.
- On vous a indiqué le sens unique ?
- C’est rassurant, il n’y a pas à se tromper.
- Comment l’avez-vous demandé ?
- A un passant, je lui ai demandé où était le sens.
- Et que vous a-t-il répondu ?
- Votre question a plusieurs sens,
- Il vous a vexé ?
- Non, j’ai pensé que j’avais fait un faux sens.
- Et alors ?
- Je l’ai re-formulée, en gardant le sens.
- Où était-il ?
- A l’entrée du sens unique.
- Vous l’aviez rattrapé ?
- Non, il marchait à contresens.
- Mais vous n’avez pas avancé ?
- Non je suis revenu poser ma question, elle me gênait.
- Et pourquoi ici ?
- Parce qu’il y a de la place.
- Je peux la prendre ?
- Avec plaisir, pour moi il faut que j’avance.
- Vous êtes pressé ?
- Quel est le sens de votre question. ? Heu ..., excusez-moi, je dois y aller.
 
Le 2ème s’éloigne, il est hélé par le premier
- Dites, sous votre question, il y en avait une autre
- Je ne l’avais pas vue.
- Je peux vous la poser ?
- Allez-y, mais faite vite
- Quelle est l’essence du sens ?
 
Le 2ème reprend sa marche
- Je ne comprends pas, ça n’a pas de sens.
 

                                                                               Gregorio

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CLAODA DE PAODURA : C'était le bon temps…

 C’était le bon temps…

 

Il y a soixante ans passés, c’était le bon temps,
Le temps de la guerre avec ses génocides,
Le temps des peurs glauques et des gestes sordides,
Le temps sans lendemain des hivers angoissants…
 
Qu’il était doux le temps, il y a soixante ans…
Veillées autour du feu qui nous brûlait la face
La pénombre gelant le dos de nos carcasses,
Épaule contre épaule se troquaient les cancans.
 
De même il y a quarante ans, c’était le bon temps
Le temps d’affrontements en luttes fratricides
Entre civilisés et peuples intrépides,
Un temps sans avenir de projets décadents.
 
Mais c’était séduisant, il y a quarante ans
Parole émancipée, murs que l’on barbouille
Liberté retrouvée, sexes en vadrouille,
Projets de société aux lendemains chantants.
 
Puis vingt ans ont passé et c’était le bon temps
D’un tiers-monde accablé de faim et d’homicides
Toisé par des puissants à la morgue avide
Le temps de ces morts vaines, au soleil aveuglant.
 
Qu‘il semblait léger le temps, il y a vingt ans…
Utopies figurées en pouvoirs populaires,
Désir de s’incarner en élans solidaires…
On souhaitait vivre en hommes, il y a vingt ans.
 
Et au jour d’aujourd’hui c’est encor le bon temps
Le temps des grands banquiers qui crochent la planète
Monstres inexorables assoiffés de conquêtes
Écrasant des humains pour entasser l’argent…
 
Mais ce temps d’aujourd’hui vaut bien le temps d’antan ;
Loisirs et libertés à ne savoir qu’en faire,
La faim presque vaincue et la fin des calvaires…
Vivons enfin heureux… oui mais… dans quelque temps.

 

Claoda de Paodura

 


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CLAUDIO : Ils ont tué Malik

Hommage à un homme assassiné par des fonctionnaires de police.



Ils ont tué Malik…
Il est mort, Malik Oussekine, un peu après minuit,
Dans la nuit du cinq au six décembre mil neuf cent quatre vingt six.
Il est mort, légalement assassiné par deux brutes policières,
Roué à terre de coups de matraque et de coups de pied au ventre
Il est mort à vingt-deux ans, sans qu’il ait su pourquoi,
En plein cœur de Paris, au vingt de la rue Monsieur le Prince,

Ils ont tué Malik Oussekine …
Cette nuit-là les étudiants manifestent contre la loi Devaquet,
Contre la sélection des étudiants, contre la concurrence entre universités.
Première cohabitation ; Pasqua à l’intérieur, Pandraud à la sécurité…
La droite exhaussée s’enorgueillit d’afficher son vrai visage ;
Il faut que l’ordre règne, mettre sans faillir les étudiants au pas ;
Danger : entre 68 et 86 simple inversion… de chiffres !

Ils ont tué Malik …
Ils courent et zigzaguent les étudiants dans le quartier latin,
Morts de trouille, poursuivis par les motocyclistes voltigeurs…
Ils courent pour sauver leur peau ; morituri te salutant… comme ils disaient…
Malik sort tranquille de son club de jazz avec sa tête d’arabe…  Il est minuit
Deux voltigeurs le  voient et foncent vers lui. Malik essaie de fuir.
 Il s’engouffre dans la porte du numéro vingt que quelqu’un vient d’ouvrir…

Ils ont tué Malik Oussekine …
Monsieur Bayzelon, seul témoin, tente de refermer la porte,
Les policiers foncent et se précipitent sur Malik réfugié au fond du hall ;
Ils frappent, Malik tombe… ils frappent encore à coups de matraque,
Ils frappent à coups de pieds dans le ventre et dans le dos…
Le témoin s’interpose… il est rabroué… Malik ne bouge plus… les flics s’en vont
Lorsque, bien plus tard, le Samu arrive Malik a cessé de vivre…

Ils ont tué Malik …
Selon la presse officielle, Malik est mort d’une déficience rénale,
Et non d’un passage à tabac… les policiers n’y sont pour rien…
Ou si peu. Oraison funèbre de Pandraud : « Si j’avais un fils sous dialyse,
Je l’empêcherais d’aller faire le con dans les manifestations »

Pandrau reconnaît donc que les flics  sont responsables de la mort!
Le lendemain, Devaquet, ministre délégué à l’enseignement, démissionne…

Ils ont tué Malik Oussekine …
Lundi huit… grande marche silencieuse. Quatre cent mille personnes à Paris,
Un million en province… partout des pancartes « Ils ont tué Malik »
Ce jour là, le premier ministre Jacques Chirac annonce le retrait du texte.
Mercredi 10 …Malik Oussekine est enterré au Père Lachaise…
Où il repose désormais, perdu entre les tombes de gens célèbres…
Ne le laissons pas seul, à l’occasion allons près de lui une minute ou deux.

Ils ont tué Malik  …
Et les acteurs du meurtre ? Le 28 janvier 1990 : reconnus coupables
Par la cour d’assises de Paris de « coups et blessures volontaires etc.… »
Brigadier Ji  Esse : cinq ans avec sursis, mis à la retraite anticipée…
Gardien Cé Gé ; deux ans avec sursis, muté sur un autre poste…
Ils encouraient 20 ans de prison, ils sont sortis libres du tribunal…
Scandaleuse clémence : dormez vous bien messieurs les meurtriers ?

Ils ont tué Malik Oussekine …
Six décembre 2006 : la plaque est là, à même le sol, sur le trottoir
Elle est à la ville, dans la ville, elle est à la mort et à la vie.
Elle dit : « À la mémoire de Malik Oussekine… frappé à mort… »
Jérome Dé ajoute sur un papier « par la police » collé avec un scotch bleu.
La phrase devient : « frappé à mort par la police lors de la manifestation… »
Provisoirement… le lendemain le papier scotché a disparu…

GREGORIO : Supplique pour aller au paradis des chats

Prolégomènes 
Manue, c'est ma belle fille. En 2001 elle était la copine de mon fils. Ils s'étaient rencontrés en classe préparatoire. Manue habitait un studio en rez-de-chaussée, avec ouverture sur le parc de la résidence. Cette situation lui avait permis de répondre favorablement à la proposition d'une de ses professeurs qui avait des petits chats à donner. Une petite boule de douceur, joueuse et espiègle, qui demandait un peu d'attention. Quoi de mieux pour adoucir la vie de prépa. Ce fut une chatte, elle s'appela Icha.
Hélas, trois fois hélas, un jour Icha paya de sa vie son ardeur à découvrir le monde. Au delà de la pelouse le redoutable parking fut fatal à Icha. Et c'est ainsi qu'un talent d'aventurière fut perdu pour la gent féline.
Pour Manue ce fut triste. Je l'ai consolée, à ma place, avec un poème domestique, genre que je pratique avec plaisir.
Hier, un coup de fil de mon fils me tire de mes occupations :
- Papa envoie-nous le poème que tu avais fait pour Manue lorsque Icha est morte. Le petit chat de la soeur de Claire est mort. On voudrait lui envoyer, ça la consolera.
Que la poésie domestique console, voilà qui me réjouit.



Je n’irai pas au ciel,
Et pour tout dire
J’entretiens quelque doute
Pour ce qui concerne l’au-delà.
S’il est un paradis,
Ce qu’à Dieu ne plaise
Ce ne peut être comme on le dit,
Avec hommes, femmes et enfants,
Tous méritants.
Quelle terre peuplée au mérite
Souffrirait de piétinement ?
Un tel paradis serait bien grand
Pour si peu de gens.
Et à bien y regarder
Y serais-je appelé ?
J’aimerais bien aller au paradis des chats,
Là-haut ou là-bas,
Aucun ne manquera.
Ce n’est pas que les chats soient meilleurs que les hommes,
Mais plutôt qu’il n’y en a pas d’aussi mauvais.
Le chat n’a pas d’intentionnalité.
Quand il attrape une souris, s’il joue avec,
Jusqu’à la croquer,
C’est sans calcul, juste pour s’entraîner.
Car de chat en chat c’est ainsi qu’on fait son métier.
Quand il se bat avec un autre chat,
C’est pour une chatte, pour manger,
Pour protéger son chez soi,
Mais pas pour humilier.
S’il vient ronronner
C’est pour dire qu’il est content.
Et s’il n’est pas content il sait aussi le montrer.
On dit qu’après la vie
Il n’y a plus de temps.
Pas de temps, pas d’ennui,
Et point de poil sur le tapis,
Car c’est avec les saisons
Que nos chats laissent traîner un peu de leur toison.
Pleut-il au paradis des chats ?
Certainement pas,
Le temps qui n’existe pas ne peut se gâter.
J’apprendrai à ronronner,
Sans me presser, en prenant tout mon temps
Sans risquer de retard.
Et quand je saurai bien le faire
Je le ferai,
 Sans me presser
Puisqu’il n’y a pas de temps à perdre.
D’un instant je ferai une éternité,
Sans avenir ni passé.
Ronron de chat
Qui ne dit d’où il vient,
Ni ne sait où il va,
Ronron de bien être qui se fond dans l’éternité,
Ronron d’appel pour les Icha, Pimprenelle, Cholo, et autres petits amis.
Ils viendront se frotter à mes jambes,
Puis joindront leurs ronrons au mien.
Si bien que sur terre un léger murmure
Servira de parure à quelques pleines lunes,
Juste pour indiquer aux chats attentifs
Où ils iront quand ils ne pourront plus miauler.

CLAUDIO : Ballade sentimentale


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Ballade sentimentale

J’en aurais pu faire des poèmes
Du temps que j’étais amoureux,
Quand je pouvais dire je t‘aime,
Sans jamais me prendre au sérieux .
 
Des poèmes pour toutes ces belles
Devant lesquelles je restais coi ;
Je me souviens de la Blonde Angèle
Qui souriait toujours de guingois.
 
Y avait aussi Julie la Rousse
Qui arborait des cheveux de feu,
Des taches de son sur sa frimousse
Et même encore en d’autres lieux.
 
Je pense encore à la Brune Armande
Qui avait les poumons si pointus
Que ses yeux étaient en amande
Tellement sa peau était tendue.
 
Et puis y avait l’autre, la trop bien faite,
Celle dont j’ai oublié le nom…
Tellement qu’elle était parfaite 
Mes rêves ripaient sur son croupion
 
J’en aurais pu faire des poèmes,
Si les voir de loin m’étais contenté,
Or peau contre peau c’est le problème
Tous mes fantasmes étaient court-circuités.
 
Avec l’hiver et le temps qui passe
Tous les mirages se sont embrumés,
Les belles ont cavalé dans l’espace;
 On peut les entrevoir au ciel des nuits d'été...

 

Claoda de Paodura

 

GREGORIO : Dans mes trésors

Comme je vous l'ai écrit hier dans l'article Petit retour, de la Chronique du chien assis, je suis en train de préparer mon déménagement. Il faut que je vous dise que j'appartiens à une lignée dont un de ses membres a été croisé avec un écureuil. Je garde tout, le supeflu bien sûr, mais le nécessaire également. A chaque déménagement je plonge avec délice dans mes cartons que Marie et mes fils savent contenir mes trésors. J'ai exhumé hier un poème en prose de jeunesse. Je ne résiste pas à l'envie de le publier dans notre blog alors je vous le confie.

 
Tu vas venir
 
La nuit se lève lentement, lentement. Quelle paresseuse ! Pas étonnant qu’elle dorme toute la journée, et en plus tous les jours c’est la grasse soirée.
 
Je viens de ranger un peu.
 
Ma tête tourne, tourne, à chaque tour j’attrape le pompon. Et puis même sans ça, les tickets ne sont pas chers. Ce matin déjà j’ai commencé à faire du manège.
 
Je me raconte ces histoires pour me tenir compagnie, pour t’attendre aussi.
 
Tu vas bientôt sonner.
 
Je me suis levé pour t’attendre à peu près en même temps que la nuit. J’ai rangé, j’ai joué au manège avec ma tête pour ne pas m’avouer que je t’attendais déjà. Il faut bien que je me ruse un peu, parce que c’est tout bête de commencer à t’attendre si tôt, alors que je sais bien que c’est tout à l’heure que tu vas venir. Tu sonneras... Non, il ne faut pas que je me dise cela, pas encore. Je vais me raconter une histoire. Pas celle là, je me la suis déjà raconté ce matin. Je vais plutôt retourner à la fête foraine. Un petit tour de manège pour se plonger dans l’ambiance. Tiens, il y a une jolie roulotte bigarrée que je n’avais pas remarquée, après ce tour je vais y aller. Devant c’est plein d’enfants. Qu’est-ce que ça peut bien être ? Ah j’y suis c’est la niche du magichien, j’en ai entendu parler par mon petit voisin. Il paraît qu’il fait des tours de chat perché, des tours de gibier, et même des tours de maître affolé ! Mais la séance doit être terminée, les gosses se lèvent encore émerveillés. Je reviendrai demain.
 
 
Maintenant je vais aller t’attendre parce que bientôt tu vas venir. Tu sonneras, j’aurais un dixième d’hésitation : la fenêtre ou le bouton de la porte ? je t’ouvrirai, j’allumerai l’escalier. Tu viens de repousser la porte. Tu monteras les deux étages - il faut quand même un certain temps pour monter deux étages. J’irai à la porte, j’ouvrirai. Ça y est, tu es là.

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